Un vent d'espoir africain

A ceux qui désespèrent de la nature humaine, voici un événement inimaginable quelques semaines plus tôt: Ethiopiens et Erythréens se sont retrouvés, hier à Addis-Abeba, pour mettre fin à des années d'hostilité réciproque, de conflit larvé ou de déclarations belliqueuses, pour appliquer enfin, dans toutes ses dispositions, l'Accord de paix d'Alger, conclu en 2000 sous les auspices de la diplomatie algérienne réconciliatrice.
L'arrivée particulièrement émouvante à Addis-Abeba de la délégation érythréenne, porteuse d'un message du président Issaias Afeworki, conforte à la fois l'esprit d'ouverture du Premier ministre réformateur éthiopien Ahmed Abiy et la volonté de ses invités de tourner cette page sombre de l'histoire commune pour le bien non seulement des deux peuples, mais également de toute la région de l'Afrique de l'Est.
Il est hautement significatif que, parmi la délégation conduite par le Premier ministre éthiopien, et faite largement d'hommes et de femmes de la culture et du sport, on a noté la présence d'une gloire légendaire en la personne du coureur de fond olympique Haile Gebreselassié. Et le dîner de gala offert en l'honneur du ministre érythréen des Affaires étrangères, Osman Saleh, et du conseiller spécial du président Issaias, Yemane Gebreab, était bien la note, nécessaire et suffisante, pour fermer la page de décennies de malentendus et d'affrontements fratricides.
Plus que jamais, l'Afrique a besoin de transcender les différends issus des germes, toujours vivaces, du colonialisme et des ingérences permanentes d' anciennes puissances coloniales. Mais il n'y a pas que cela, les tentatives insidieuses de certains fauteurs de troubles contribuent à entretenir, encore et toujours, des tensions nuisibles au développement des peuples du continent exploité et mis à mal, des siècles durant, par ceux-là même qui se targuent aujourd'hui d'y distribuer les leçons.
Le Premier ministre éthiopien a promis de grands bouleversements, au nombre desquels figure cette réconciliation spectaculaire avec l'Erythrée. Il a annoncé, début juin, sa détermination à appliquer l'Accord d'Alger signé par les deux parties en 2000 pour instaurer la paix, conformément aux conclusions de la Commission internationale indépendante sur la démarcation de la frontière. La réaction immédiate du président érythréen mérite d'être ainsi saluée parce qu'elle illustre clairement la volonté des Africains de transcender les obstacles et les rancoeurs pour bâtir une Afrique soucieuse de son développement et de son indépendance effective, après des décennies de servitude plus ou moins larvée et d'ingérences manifestes dans ses affaires intérieures.
Il ne faut pas se leurrer, le chemin est encore loin et il est encore empli d'embûches. Mais pas à pas, l'Afrique avance et réalise des progrès tangibles qui augurent de lendemains meilleurs, l'ultime défi qui perdure étant celui de l'autodétermination du peuple sahraoui dont le territoire est le dernier à souffrir du colonialisme. Il est à souhaiter que le vent d'espoir qui souffle à Addis-Abeba finisse par gagner bientôt El Ayoun, étayant la volonté, maintes fois réaffirmée, de la communauté internationale dans son ensemble et de l'Union africaine, tout particulièrement.