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La faim justifie les subventions

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Réforme indispensable pour certains, socialement dangereuse pour d'autres, la question des subventions, héritage de l'économie étatiste, vient de s'installer au coeur du débat politique et économique. En quelques jours, trois membres du gouvernement, et pas des moindres, étaient amenés à s'exprimer sur cette thématique jusque-là restée taboue. D'abord, le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, qui le 2 juin dernier a évoqué une révision, à partir de 2019, des subventions des produits énergétiques estimant que «l'actuelle politique de subventions ne peut pas continuer comme ça pour l'équité sociale». Moins de 24 heures plus tard, les propos de Raouya sont appuyés par le ministre de l'Energie. Usant de la même sémantique, Mustapha Guitouni a affirmé le 3 juin dernier que l'Etat ne peut pas continuer à soutenir ces charges financières importantes qui ne bénéficient pas forcément aux citoyens nécessiteux. Une semaine plus tard, c'est le Premier ministre, Ahmed Ouyahia qui entre en scène. Il intervint en arbitre pour soutenir que la réforme des subventions ne sera pas pour 2019. L'on comprend l'extrême prudence du gouvernement sur cette question, même si les choses semblent déjà tranchées pour les produits énergétiques qui grèvent près de 80% du montant des subventions allouées par le Trésor public. L'outil des subventions est ainsi au coeur des enjeux politiques. D'ailleurs, on décèle une certaine célérité dans la réaction du Premier ministre. En s'exprimant sous la casquette du RND, Ahmed Ouyahia a-t-il coupé l'herbe sous les pieds de son rival, le FLN très à cheval sur les questions sociales? Le sujet étant ainsi défloré, le parti majoritaire doit se trouver une autre niche. Il n'est pas exclu que le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, mette lui aussi son grain de sel pour capitaliser un éventuel mécontentement. On le sait d'avance: les subventions qui donnaient à une certaine classe d'Algériens l'illusion d'une aisance exacerberaient dès qu'elles prennent fin. Sauf qu'au-delà des querelles strictement partisanes, l'approche de la question ne doit pas se suffire d'une analyse tronquée et simpliste. Car prétendre revoir ce système relèverait de la pure folie gouvernementale. L'opération est techniquement impossible sans un système dinformation fiable en temps réel. «Combien d'Algériens perçoivent moins de 20.000 DA par mois net? Combien sont-ils à toucher entre 20.000 et 50.000 DA? Combien sont-ils à être payés entre 50.000 et 100.000 DA?», s'interrogeait à juste titre le professeur Abderahmane Mebtoul. Comment, en effet ne pas douter de la faisabilité de ce projet dans un pays où les statistiques font défaut et où l'on n'arrive pas à quantifier avec exactitude le marché informel? Il faut avoir des réponses précises à toutes ces questions pour oser prendre le taureau par les cornes. Pour l'heure, la faim justifie les subventions.

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