Si tu vas en Tunisie...

Lors de sa tournée, jeudi à l'est, le ministre de l'Intérieur, Nouredine Bedoui, sest arrêté à Oum T'boul, à un jet de pierre du sol tunisien. Mais son message, fort de sens, ainsi délivré au lendemain de l'attaque terroriste contre une patrouille de la Garde nationale à Aïn Soltane, dans le gouvernorat de Jendouba, a largement retenti au-delà de la frontière. En assurant que l'échange d'informations est «permanent» entre les deux pays décidés à «relever le défi sécuritaire», le ministre de l'Intérieur ne faisait pas dans la langue de bois ni dans la rhétorique sans lendemain. C'est que les deux pays sont réellement engagés sur le front sécuritaire. A ce fléau transnational, il est tout à fait évident que la réponse soit ainsi coordonnée diront les experts des questions sécuritaires. Au-delà des analyses froides, il y a une réalité des rapports entre les deux pays que rien ne peut séparer. Pour appréhender les contours de ces liens profonds, il faut remonter à de lointaines dates historiques. Depuis le soulèvement d´El Mokrani en 1871 quand de nombreux Algériens ont fui la répression coloniale pour s´établir en Tunisie. Durant la guerre de Libération nationale (1954- 1962),
Tunis était l'épicentre politique du FLN et du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), reconnus et accueillis en grande pompe par Bourguiba lui-même à Tunis en 1958. C'est à Tunis que le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) tient sa première réunion. Sans compter le mélange de sang lors des bombardements meurtriers de l'aviation coloniale sur le village Sakiet Sidi Youcef en février 1958. Plus récemment, au milieu des années 1990, alors que l'Algérie est en guerre contre le terrorisme, c'est en Tunisie, encore une fois, que les Algériens se rendaient pour respirer, fuir les tumultes d'une terrible guerre civile. C'est parce que les autorités tunisiennes ont laissé ouvertes leurs frontières avec l´Algérie, défiant le reste du monde qui nous imposait un embargo tacite.
L'on comprend maintenant pourquoi les Algériens se détournent de la Grèce avec son cortège de mythes et ses îles, comment ils ne sont pas attirés par les offres alléchantes d´Istanbul, Antalya, Izmir et la Cappadoce en Turquie, leur indifférence face à la vallée des Rois, Le Caire, Alexandrie et Sharm el Sheikh, le pays des pyramides et des momies, et pourquoi ils haussent les épaules devant le Maroc avec ses villes impériales, ses tadjines raffinés. Il y a plus que le farniente et la curiosité touristique. Rappelons-nous de l'épisode symbolique de l'été 2015 quand la Tunisie a été durement frappée par l'hydre terroriste. Au lendemain de l'attaque de Sousse en juin de la même année, les Algériens se sont mobilisés et manifesté leur solidarité avec le pays voisin. Ils s'engageaient sur les réseaux sociaux à venir en masse pour passer leurs vacances en Tunisie. Ils l'ont fait. Ils ont brisé le mur de la peur.
Quand il va en Tunisie, l'Algérien se sent très chez-lui. C'est pour cette raison que l'Algérie n'est jamais indifférente aux activités terroristes en territoire tunisien. Et c'est ce qui donne toute sa consistance au message de Bedoui délivré à partir d'Oum T'boul.