Du patinage sur place

Tandis que le sommet des Brics, regroupant le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, s'achève à Johannesburg sur un constat morose dû à la «guerre commerciale» que mènent tous azimut les Etats-Unis, et partant du fait que la montée en puissance, au plan économique, de la Chine dans le continent africain était prévisible depuis au moins une bonne décennie, il faut bien se demander si l'Afrique est en train de décoller ou si les pays en développement tels que le Nigeria, l'Ouganda, l'Ethiopie, l'Egypte, l'Algérie et d'autres ne font, en réalité, que du patinage sur place. La question mérite d'être posée car le continent comptera un marché de plus de deux milliards de consommateurs d'ici à 2050, ce qui représente en termes d'échanges commerciaux quelque chose comme 6700 milliards de dollars rien que pour la prochaine décennie. C'est pourquoi les dirigeants seraient bien avisés de s'interroger si la politique de «développement» mise en oeuvre, depuis des décennies, est vraiment efficiente et si les consommateurs que nous sommes seront bien, un jour, non seulement de vrais producteurs, mais aussi et surtout de véritables compétiteurs. La guerre commerciale qu'a engagée le président américain Donald Trump contre ses concurrents, dont les pays traditionnellement alliés, montre bien que les prochaines années vont être des théâtres d'affrontements sans merci. Le recours parcimonieux aux séminaires et autres conférences internationales, sous l'égide tantôt de la Banque mondiale et de la Banque européenne et tantôt d'organismes autrement plus contraignants comme le FMI, n'aura eu, en fin de compte, aucun impact réel sur les capacités de production et d'exportation de la plupart des pays africains émergents. Ceux-ci naviguent au gré des évènements grâce aux subsides que leur rapportent les richesses naturelles comme les hydrocarbures qui ne sont pas inépuisables. Si l'on considère que certains d'entre eux sont en outre confrontés à une douloureuse instabilité que génère un terrorisme aussi diffus que confus, par ses causes profondes et ses instrumentalisations, on voit mal quelles opportunités viendront, un jour, booster les IDE. Plus grave, le pillage systématique des richesses naturelles semble s'être aggravé au cours des deux dernières décennies en même temps que s'est accrue la fuite des cerveaux, laissant des sociétés de plus en plus régressives aux mains de nouvelles bourgeoisies compradores dont l'histoire est là pour retracer les cheminements anti-nationaux. Il y a là de quoi désespérer les esprits les plus optimistes et les plus déterminés, en témoignent les travaux d'Hercule auxquels sont systématiquement confrontés les investisseurs effectifs, publics et privés, qui tentent, vaille que vaille, de guerroyer avec la faune des prébendiers sous les fourches caudines desquelles doivent obligatoirement passer tous les projets. Il sera intéressant, à cet égard, de suivre l'African Investment Forum (AIF) que la Banque africaine de développement organisera en septembre prochain, dans un esprit de leadership coopératif en vue de stimuler l'essor économique du continent.