Les points noirs de l'emploi

Selon les chiffres publiés hier par l'ONS (Office national des statistiques), la population active en Algérie s'élève à près de 12 millions et demi de personnes. Par population active, il faut entendre l'ensemble des personnes en âge de travailler, y compris les chômeurs. Ces derniers sont classés en deux catégories. Il y a ceux qui sont sans travail malgré les démarches qu'ils ont effectuées pour trouver un emploi. Ils sont au nombre d'un million 400 mille personnes. La seconde catégorie regroupe ceux qui sont au chômage sans avoir fait de démarches pour trouver un emploi. Leur nombre est également estimé à un million 400 mille personnes. A l'ONS on dit que cette dernière catégorie se situe dans le «halo du chômage». Aux alentours. A la périphérie. Et c'est là que l'on retrouve les «salariés» de l'économie informelle. Plus préoccupante encore est cette déperdition de la femme qui, malgré la poursuite du même processus scolaire que l'homme et de plus avec un succès remarquable aux examens, ne représente que 2 millions et demi (y compris les chômeuses) sur une population active totale de 12 millions et demi de personnes. Comment expliquer cette inadéquation entre l'investissement scolaire consenti par l'Etat et le marché du travail? Leur concentration dans le secteur de l'éducation et celui de la santé ne doit pas induire en erreur quant à l'importance de la présence féminine dans le marché du travail. L'autre point noir et non des moindres est la population active employée dans le secteur de l'agriculture où l'on compte 1,14 million de personnes dont 95 000 femmes. Sur plus de 12 millions de personnes actives, il y a des questions à se poser. Quant aux chômeurs (11,1% en avril 2018), il y a une baisse du nombre de ceux qui font des démarches, tandis que ceux du «halo» (économie informelle) ne sont pas comptabilisés. Alors que le chômage des 16-24 ans a atteint 26,4%. Il y a des diplômes de l'université (près de 25%). Toutes ces indications devraient donner matière à travailler sérieusement pour anticiper sur les bouleversements que connaît le marché du travail conventionnel dans le monde en général et en Algérie particulièrement. Chacun connaît l'avancée de la robotique et de la numérisation dans divers secteurs soit de la production ou de l'administration. Mais lorsqu'on applaudit, légitimement, l'informatisation de l'administration au bénéfice du citoyen, on oublie les effets d'un tel progrès sur le marché du travail. Où lorsque le ministre de l'Industrie, Youcef Yousfi, vante les performances de l'industrie 4.0 en demandant aux opérateurs d'aligner leurs lignes de production et leur maintenance sur cette exigence, il n'avance aucun plan de conversion ou de formation de la population active. Dans les pays les plus avancés se pose la question de l'industrie de demain avec la généralisation de la robotique. Les services comme ceux de la poste sont déjà impactés. Les facteurs ne livrent pas seulement le courrier. C'est une révolution qui est en marche dans le marché de l'emploi. Nous devons l'aborder avec lucidité. Tant qu'il est encore temps!