Les apôtres de l'interdit

Depuis quelques semaines, on observe dans le pays des actions de résurgence de l'idéologie dite islamiste, enhardies par une forme de laisser-faire qui confirme le degré d'expectative des institutions du pays. Il aurait été prétentieux, voire irresponsable, de penser qu'une fois achevé le cycle des violences inouïes qui ont caractérisé la décennie noire, les dogmes extrémistes allaient disparaître comme par enchantement. Sans doute, l'islamisme politique a été contraint de remiser ses prétentions au placard, compte tenu des multiples échecs qu'ont connus les locomotives de la mouvance des Frères musulmans au Soudan puis en Egypte malgré les fonds généreusement déversés par des capitales aux ordres d'un maestro qui n'a d'yeux que pour leur apport à sa stratégie de domination politique et économique. Le chapitre de Daesh, surclassant les épisodes d'El Qaïda puis des taliban, a fini de jeter l'opprobre sur cet activisme drapé dans la toge de l'Islam, mais en réalité fortement tributaire des nourritures terrestres. En cherchant à transformer les aspirations des opprimés à une réelle justice sociale, Daesh a cherché surtout à drainer une haine sectaire qui puise ses arguments dans une surenchère de la violence sans précédent. Le talon d'Achille des formations politiques qui se revendiquent de l'islamisme radical se trouve ainsi dans l'absence consternante d'un vrai programme politique quel que soit, d'ailleurs, le pays concerné. Sous prétexte que le référent religieux se suffit à lui-même, et dès lors que la masse des opprimés n'a d'autre rêve que celui d'une égalité platonique, les dirigeants de ces mouvements affichent volontiers un personnage rédempteur dans le style tout en engrangeant, sans vergogne aucune, les dividendes de leur sacerdoce pour ce qui est de la forme. Nous en avons des exemples édifiants en Algérie même, mais le propos n'est pas de mettre ici en lumière le double langage de certains ou les tartufferies de quelques autres. Sous d'autres latitudes, les mouvements similaires s'efforcent de parvenir à une conjugaison de l'action et du programme politiques en termes équilibrés. C'est notamment le cas du Parti de la justice et du développement au Maroc ou d'Ennahda en Tunisie. Et c'est bien pourquoi leur audience est sans conteste plus large, jusqu'à leur ouvrir la voie vers un exercice du pouvoir quand bien même par partenaire interposé. A l'inverse, ceux qui demeurent indigents en la matière n'ont d'autre ressource que d'attiser la colère puis la haine des esprits frustes séduits par leur discours d'apparat et c'est pourquoi on a vu, ces derniers temps, des tentatives de retour aux années de plomb. Car après l'interdiction des activités culturelles, viendront immanquablement d'autres anathèmes qui concerneront la façon de se vêtir, puis celle de se conduire et enfin celle de penser! Et c'est bien dans ce sillon des interdits que se forge l'identité des groupes islamistes qui n'ont rien à envier dans le style comme dans l'action à Daesh, sinon l'opportunité de faire mieux ou pire, c'est selon.