Désillusions d'été

On était prévenu que 2018 serait une année difficile pour les Algériens. Elle l'est certes, même si les scénarios les plus lugubres auxquels ils étaient voués ne se sont pas concrétisés. Cela ne tenait qu'à un fil qui, heureusement, s'est avéré plus résistant que prévu. Les cours de l'or noir que les pronostics les plus optimistes n'attendaient pas à un tel niveau, entre 70 et 75 dollars, ont incontestablement sauvé la mise. Quant au quotidien, c'est une autre histoire. On nous avait promis des vacances plutôt paisibles et sereines. Des plages propres. Des parkings soustraits au diktat de ceux qui en ont fait des territoires privés: des caïds des trottoirs qui imposent leur loi et qui ont fini par faire couler le sang. On nous avait promis qu'une chasse implacable leur serait soumise. Ce qui s'est passé à Béjaïa, M'sila et tout récemment à Boumerdès, a malheureusement démontré que le mal est vraiment profond. Que la sécurité de nos concitoyens était loin d'être assurée. Pour ne rien arranger, leur quotidien est rythmé par une flambée des prix des produits de consommation, des fruits et légumes, de la pomme de terre en particulier, du poulet...Un phénomène récurrent contre lequel les pouvoirs publics se sont avérés impuissants malgré toutes les assurances et les mesures qu'ils ont annoncées pour inverser la tendance. La multiplication des points de vente et l'offre abondante n'ont pu venir à bout de cette tendance inflationniste savamment entretenue par des spéculateurs qui font preuve d'une cupidité exacerbée en période de large consommation. C'est le cas durant le mois sacré du Ramadhan. L'Aïd El Adha qui pointe le bout de son nez et qui se caractérise par un sacrifice massif du mouton fait lui aussi la part belle aux maquignons et à ceux qui s'adonnent occasionnellement à ce type d'activité commerciale pour s'en mettre plein les poches. Le prix moyen de cette bête à cornes tourne autour des 50 000 dinars. Une somme qui dépasse de loin le salaire moyen des Algériens, qui constituera l'une des plus grosses saignées avant les dépenses tout aussi onéreuses de la rentrée scolaire. C'est un éternel recommencement dirons-nous pour ne pas dire que c'est un refrain auquel nous sommes presque habitués. Comme cet environnement qui nous empoisonne la vie. Nos villes, leurs trottoirs sont devenus des dépotoirs, des décharges à ciel ouvert. Tout contribue à faire baisser le moral. Même le sport roi, qui constituait un dérivatif à cette ambiance plutôt morose, s'y est mis de la partie. Il est temps de redresser la barre. Un sursaut s'impose. Vivement donc que 2018 s'achève tout en espérant que les choses iront beaucoup mieux. Et quand bien même ce n'est pas le paradis, ce n'est pas non plus l'enfer. Nous sommes tout juste à la croisée des chemins. Il s'agit avant tout de bien négocier le virage...