La fuite des cerveaux touche...les pétroliers

Pertes et profits. On s'en doutait, mais entendre la confirmation fait encore plus mal. Le P-DG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, a dévoilé «l'hémorragie des ressources humaines» que vit la première entreprise du pays. «Au cours des huit dernières années, près de 16.000 cadres ont quitté la Sonatrach et le pays» a-t-il annoncé, mercredi dernier à partir de Annaba où il était en visite de travail. Ne voulant pas rester sur cette note négative, il tente de rassurer en ajoutant que «le moment était venu pour arrêter cette hémorragie...par des mesures et des dispositions devant assurer la stabilité de la ressource humaine et lui permettre de prendre des initiatives et de prouver sa compétence dans les domaines de la gestion et la prospection». Par sûr que les raisons profondes soient uniquement liées à l'exercice de leurs fonctions. D'autant que l'Algérie connaît ce problème de la fuite de ses cerveaux depuis des décennies. Plusieurs professions et secteurs sont ainsi touchés. Parmi les plus visibles figurent les médecins algériens qui ont quitté le pays pour s'installer notamment en France. On fait semblant d'être fier lorsqu'on apprend qu'une prestigieuse structure internationale est dirigée par un Algérien, mais la douleur est là. Elle est seulement retenue. 16.000 cadres sur un effectif total de 137.000 employés de Sonatrach, ce n'est tout de même pas négligeable. De plus, Ould Kaddour situe ces départs durant les huit dernières années. Et avant, combien étaient-ils? Combien étaient-ils dans les années 1970 qui ne revenaient pas une fois leurs études universitaires à l'étranger terminées? Les pays d'accueil ne s'en plaignent pas. Au contraire ils favorisent ce qu'ils appellent «l'émigration choisie». En d'autres termes, l'Algérie forme, à grands frais, des universitaires dans plusieurs disciplines et ce sont d'autres pays qui en profitent sans bourse délier. Quel esprit raisonnable, rationnel peut accepter un tel détournement? On le disait plus haut, Ould Kaddour pense que la solution du problème est d'ordre professionnel. C'est un point de vue. L'autre façon d'aborder le problème est de s'intéresser à la vie privée et sociale de ces candidats à l'exil. Tout le monde entend parler du climat des affaires en économie, mais personne n'aborde le climat social qui est déterminant dans l'épanouissement de l'être humain. Un climat social qui pèse même sur le développement de notre tourisme. L'Etat algérien ne devrait pas se suffire de points de vue fussent-ils ceux de sommités. Il est en capacité de lancer une enquête d'envergure qui indiquera la ou les solutions idoines pour «arrêter l'hémorragie». Pour garder nos pétroliers. Nos médecins. Nos ingénieurs. Nos informaticiens. Avant d'avoir toutes ces universités dans toutes les wilayas du pays, le gouvernement avait pensé enrayer la fuite des cerveaux en supprimant les bourses d'études à l'étranger. On constate aujourd'hui que la solution n'était pas durable. Il serait temps d'arrêter les lamentations et prendre le problème à bras-le-corps. Une bonne fois pour toutes!