Les 3 «allers-retours» du choléra

Surprise? 41 cas de choléra viennent d'être confirmés par l'Institut Pasteur d'Alger. Il a fallu un peu de temps qui a paru long pour dire que le choléra refait son apparition dans notre pays. C'est la troisième fois qu'il «s'invite chez nous». La première fois c'était dans la première moitié des années 1980. La seconde c'était, une décennie plus tard, au milieu des années 1990. Nous voilà donc, en 2018, au troisième retour de la bactérie (et non pas un virus comme l'avancent certains) «Vibrio Cholerae». Dans les quatre wilayas (Alger, Bouira, Tipasa et Blida) les personnes atteintes ont des liens familiaux. Ce qui veut dire que «l'agent infectieux» avait un rayon d'action limité. S'il s'agissait d'une contamination par l'eau du robinet, nul doute que le nombre des malades aurait été autrement plus important. Ce n'est pas cinq cas que l'on aurait enregistrés à Alger, mais des milliers de consommateurs branchés au réseau public de distribution d'eau potable. Idem pour les 42 cas à Blida. Ou les 18 de Tipasa. Il faut donc chercher la «source» du vibrion dans l'espace géographique de ces familles en question. Chacun sait que le choléra est l'une des maladies dites «des mains sales». C'est-à-dire liée à l'hygiène. Plus exactement au manque d'hygiène. Elle est contagieuse et son traitement est simple. Voilà «l'ordonnance» de l'OMS: «Le traitement du choléra consiste à remplacer les liquides et les électrolytes perdus. L'utilisation des sels de réhydratation orale (SRO) est le moyen le plus rapide et le plus efficace pour y parvenir. La plupart des personnes se rétablissent en trois à six jours. Si la personne infectée souffre de sévère déshydratation, une perfusion intraveineuse peut être nécessaire. Les antibiotiques ne sont pas nécessaires pour traiter un patient atteint de choléra». Ceci dit et puisque nous sommes dans le registre de l'hygiène, savez-vous qu'en 2017 plus de 10.000 cas d'intoxications alimentaires ont été recensés par le ministère de la Santé? Savez-vous que ce nombre a triplé en quatre années car en 2014 il n'y a eu que 3838 cas? Il ne s'agit là que des intoxications collectives (fêtes familiales, cantines scolaires, resto U, etc.) où les malades sont dirigés vers les centres de santé. Sans compter les cas individuels qui ont souvent recours à l'automédication et donc ne sont pas «comptabilisés». Les intoxications alimentaires sont aussi des manquements à l'hygiène. Des produits avariés aux ruptures de la chaîne du froid en passant par l'hygiène corporelle du commerçant lui-même, le risque est partout, mais surtout il augmente au fil des ans. Qui est responsable de ce recul inadmissible? Les pouvoirs publics pour moitié et les citoyens pour l'autre moitié. Il faut que l'Etat renforce les contrôles de qualité et durcisse les sanctions contre les contrevenants, mais il faut aussi que les citoyens prennent conscience que se laver (au savon) les mains et, pourquoi pas, le corps en entier, n'est pas un «luxe» inutile et invisible. On le voit, on le sent, été comme hiver!