Bouazghi et la belle moisson 2018

Garder la tête froide. Abdelkader Bouazghi, notre ministre de l'Agriculture, exultait, samedi dernier, en annonçant la production «record» de blé de cette saison 2018. «La production céréalière réellement obtenue durant la campagne 2017-2018 a été estimée à 60,5 millions de quintaux, contre 34,7 millions de quintaux durant la campagne précédente, soit une hausse de 74,4%» a-t-il lancé sur le ton du triomphe. Tous les Algériens ne peuvent qu'être satisfaits par un tel résultat. C'est tout de même presque le double de la production précédente. Sauf qu'il faut savoir raison garder au moins pour continuer à avancer. Et ne pas se suffire de ce «score». Il faut analyser sérieusement ces fluctuations de production céréalière dans notre pays car si la moisson annuelle a baissé ces dernières années, la production 2018 annoncée par Bouazghi samedi dernier n'a rien d'un record. Elle est la même que la production de 2009 et de 2010. Le «creux» enregistré entre ces deux dates doit être scanné par les spécialistes. Si le rendement à l'ha reste invariable avec une moyenne de 15 quintaux/ha, il faut chercher ce qui a fait la différence cette année. Au cours de sa conférence de presse, Bouazghi a précisé que «la filière céréalière concerne presque la moitié des exploitations agricoles du pays, avec une superficie de 3,5 millions d'ha». Avec une surface moindre (3,2 millions d'ha), l'Allemagne a produit près de 280 millions de quintaux de blé en 2014. Ceci grâce à un rendement à l'ha de 86 quintaux. Près de six fois notre «record». Donc si ce «record» n'est pas dû au rendement, il faut voir du côté de la surface «moissonnée». L'an passé elle était de 2,35 millions d'ha. Cette année, Bouazghi nous dit qu'elle est de 3,5 millions d'ha. D'où probablement le passage de 34 millions de quintaux à 60 millions de quintaux. Si cela se confirme, des efforts restent toujours à faire pour rendre performante notre agriculture en vue d'atteindre la sécurité alimentaire. Un autre aspect que notre ministre passe sous silence est la production de blé tendre avec lequel le pain est fabriqué. La moitié de la production étant du blé dur, ensuite vient celle de l'orge avec 20 millions de quintaux et la quantité, si minime, restante, Bouazghi l'a partagée entre le blé tendre et...l'avoine. Sur ce plan aussi des efforts restent à faire pour réduire nos importantes importations de blé tendre. L'autre aspect qui n'a pas été évoqué par Bouazghi est le stockage de cette «belle» quantité de céréales qui nous tombe sur les bras. Voir doubler les quantités à stocker alors que nos capacités ne suffisent même pas aux années «maigres», il y a forcément du souci à se faire pour éviter des pertes. 6 millions de tonnes au lieu de 3 c'est bien, mais vu de plus près, il faut arrêter de vouloir en faire une performance olympique. Il y a comme un manque de maîtrise de la céréaliculture dans sa globalité!