Des hôtels en attendant le tourisme

Correction. Notre ministre du Tourisme, Abdelkader Benmessaoud, était, lundi dernier, en visite de travail dans la wilaya d'Alger. Il a notamment inspecté les projets touristiques en cours de réalisation dans la capitale. Plus simplement dit, il s'agit d'hôtels. Le ministre a indiqué qu'il y avait 82 projets d'hôtels dans la capitale. Cela représente 14 000 lits supplémentaires et 60 000 nouveaux emplois. Le ministre, qui était accompagné du wali d'Alger, Abdelkader Zoukh, a également visité l'hôtel Es-Safir et le centre de thalassothérapie de Sidi Fredj, deux structures publiques qui font l'objet de travaux de réhabilitation. Petite parenthèse pour dire que le ministre a précisé qu'il n'était pas question de privatiser les hôtels publics. «Un bien de la collectivité nationale et de ce fait, incessibles» a-t-il, précisé. Fermons la parenthèse et revenons au tourisme. Ou plutôt aux hôtels car depuis toujours, cette confusion est ancrée dans les esprits. Dès qu'on évoque le tourisme, on cite le nombre de lits disponibles ou à venir. On a l'impression que nos responsables du secteur pensent que le touriste ne vient que pour dormir et manger. Une impression seulement, car il est plus que certain qu'ils savent ce qu'est le tourisme. Ils savent que les hôtels ne sont que le contenant. Pour le contenu, ils vous répondront que c'est le produit touristique. Terme générique qui englobe une vaste palette de prestations. C'est un circuit, c'est un patrimoine, c'est un accueil, c'est de l'hygiène, c'est de la gastronomie, c'est de l'animation, c'est de la tolérance, etc. etc. Ce n'est qu'une fois l'hôtel prêt et la palette de prestations assurée que la promotion peut commencer. C'est tellement fastidieux et relevant de plusieurs secteurs, que tous nos ministres du Tourisme qui se sont succédé depuis toujours ont fait semblant d'avoir pour seule mission l'inspection des hôtels et de veiller à augmenter le nombre de lits. Ce que pourrait faire n'importe quel chef de chantier. On a beau dire et répéter que sans un contenu il n'y a pas de produit touristique. Donc pas de touriste. Eh bien non. Cela rentre d'une oreille et ressort de l'autre. Nos responsables continuent d'aller les mains vides faire la promo dans les salons et foires internationaux d'un produit qui n'existe pas encore. Ce qui fait mal aux citoyens que nous sommes, ce n'est pas tant d'être pris pour des poires qui n'ont pas droit au chapitre, mais c'est l'argent dépensé dans le vide. C'est notre argent. Ce sont nos devises. Notre grand espoir reste et demeure de voir arriver un ministre qui agira avec méthode. Qui commencera par réhabiliter le classement en «CDD» des hôtels par étoiles. Avec rigueur, fermeté et constance. Qui trouvera le moyen de relancer à grande échelle et haut niveau, la formation et la sanction positive des chefs cuisiniers. En privilégiant la gastronomie locale. Celui qui sacralisera l'hygiène. Celui qui «réveillera» les offices du tourisme locaux qui doivent «mouiller la chemise». Celui qui systématisera les cartes routières locales. Celui qui trouvera le moyen d'appliquer au tourisme le «vivre ensemble en paix». Dans la tolérance. Pour le reste, c'est plus facile. Nous avons un très beau pays. Très attirant. Le soleil, la mer, les montagnes, la neige, le désert, des sources thermales. Certes, développer le tourisme est une mission harassante. Pluridisciplinaire. Une mission complexe qui ne peut se réduire à quelques hôtels. Encore moins à quelques lits!