Macron et le péché d'orgueil

A chaque arrivée d'un nouveau locataire de l'Elysée, correspond une tentative de légiférer sur l'islam en France, l'islam de France ou l'islam et la France. Avec des résultats toujours alambiqués, on s'en doute aisément. Dernière tentative en date, celle du président Emmanuel Macron, élu contre toute attente et, surtout, contre l'extrême droite, en avril 2017, et dont les mésaventures, ces deux derniers mois, ont entraîné une baisse spectaculaire de l'indice de popularité. Malgré l'affaire, plus ou moins scabreuse, d'Alexandre Benalla, du nom d'un chargé de mission qui a défrayé la chronique estivale, et d'autres sujets de moindre importance, le virevoltant chef d'Etat cherche à marquer de son empreinte la question religieuse. Le patron du groupe Leclerc a bien raison de regretter qu'il n'y ait pas en lui «plus de générosité et moins de technicité».
Il s'est ainsi emparé, à bras-le-corps, de la réforme de l'Islam hexagonal, persuadé de faire beaucoup mieux que ses prédécesseurs dont le président Jacques Chirac. Il a commencé par signifier clairement au recteur de la Grande mosquée de Paris qu'il n'est plus en odeur de sainteté dans la «macronie» et, les lobbies aidant, il a chargé l'institut Montaigne de concocter un rapport pompeusement baptisé «La Fabrique de l'islamisme», texte que le recteur Dalil Boubakeur a stipendié séance tenante, le qualifiant d'«opportuniste» et de «partial». Pour lui, il ne s'agit que d'un pamphlet contre la deuxième religion du pays, de surcroît «lacunaire» et qui «fait fi de toutes considérations religieuses et d'analyse sociologique avérée».
Le fait est que, sous des considérations pseudo sociologiques et franchement expéditives, le rapport présenté par Hakim El Karoui, essayiste d'origine tunisienne, manie l'amalgame à outrance entre l'islam, religion de plusieurs millions de citoyens français, et l'islamisme qui n'est rien d'autre qu'une maladie infantile de cette foi ascendante. Il en oublie (volontairement?) la communauté elle-même, balayant les exigences de la loi sur la laïcité, tant et tant brandie par les courants hostiles à cette même communauté, et charge sur elle un fardeau expiatoire jusqu'à recommander une thérapeutique de choc.
Ces solutions très empiriques n'ont pas la moindre chance d'emporter l'adhésion du plus grand nombre au sein de communautés jalouses de leur destin et de leurs droits, car il faut se souvenir qu'elles sont multiples et peu solidaires. Les propositions comme celle d'un Tracfin pour contrôler les flux financiers, les collectes de fonds et les dons dont bénéficient les lieux de culte, l'instauration d'une taxe sur le marché halal, dont le chiffre d'affaires en France atteint 6 milliards d'euros et quelques autres galipettes sont autant de domaines que ses prédécesseurs ont tenté, mais en vain, d'investir! Leur échec ne semble pas l'incommoder outre mesure et, mû par son immense péché d'orgueil, il rame à contre-courant des réalités de ces communautés diverses, certes liées par une même foi, mais aux allégeances difficilement compatibles. Des Douze travaux auxquels s'adonne Emmanuel Macron, celui de la «réforme» de l'islam en France va sûrement être le plus calamiteux, dès lors que les musulmans français sont suspectés d'être les porte-voix de l'islamisme et doivent impérativement se dédouaner d'une telle accusation!