La belle attendra

Divine surprise pour les républicains, les élections de mi-mandat ont confirmé leur suprématie au sein du Sénat américain, malgré les appréhensions de nombre de leurs ténors. C'est surtout grâce à une campagne aussi tonitruante que soutenue du président Donald Trump qui a consacré une énergie endiablée à parcourir tous les Etats où la menace paraissait la plus redoutable. Il a ainsi sauvé son rival de la primaire de la présidentielle avec lequel il avait eu des démêlés acerbes, Ted Cruz, réélu au Texas face à l'étoile montante des démocrates, Beto O'Rourke, dont le résultat est tout ce qu'il y a de prometteur puisqu'il n'a cédé que par un mince filet de suffrages.
Les premières leçons du scrutin seront que le président Trump, convaincu que ces élections se jouaient pour ou contre lui, a finalement sauvé la mise, en dépit du fait qu'il doit maintenant s'adapter à une nouvelle donne, celle de la cohabitation avec la Chambre des députés dominée par le parti rival. Il n'aura plus les coudées franches pour appliquer ses décisions à l'emporte- pièce sur les migrants, les puissances accusées de faire de l'ombre aux Etats-Unis et peut-être même le dossier de la Palestine. Bien sûr, les lobbies sionistes sont toujours là et il ne faut pas trop se leurrer car l'expérience enseigne qu'aux Etats-Unis comme dans les pays européens leur influence est aussi déterminante quels que soient les bords politiques.
La victoire au Sénat est donc la victoire de Trump. Mais, d'une manière globale, les élections se sont soldées par un match nul, les démocrates ayant remporté la Chambre des représentants grâce, là aussi, aux efforts méritoires de l'ancien président Barack Obama qui aura beaucoup payé de sa personne pour mobiliser les électrices et les électeurs en faveur de son camp. Il faut dire que les déchirures de la présidentielle et les rancoeurs qu'elles ont laissées au sortir du duel de la primaire entre Hillary Clinton et Bernie Sanders, porte-flambeau de l'aile gauche du parti, ont appauvri la mouvance au point qu'aucun leader n'a pu émerger depuis! Raison pour laquelle Obama a dû descendre dans l'arène, alerté par l'engagement explosif de Donald Trump en faveur de ses candidats.
Tous ces derniers lui doivent, en quelque sorte, leur réélection et le président en exercice peut à bon droit s'enorgueillir d'avoir renforcé la famille républicaine, où plus personne n'osera désormais s'élever contre ses discours, ses méthodes et ses a priori politiques. La procédure de destitution est renvoyée aux calendes grecques et peut-être que les démocrates eux-mêmes en sont soulagés. Car une destitution de Trump aurait laissé le champ libre au vice-président Mike Pence, un ultrafondamentaliste chrétien bien plus imprévisible, et, là, Trump lui-même serait apparu comme un enfant de choeur. La belle dont ils rêvaient attendra la prochaine présidentielle, mais ils ont déjà la satisfaction d'avoir obtenu ce qu'ils voulaient à défaut de réussir ce qu'ils espéraient.