Accueil |L'Editorial |

L'incontournable maréchal Haftar

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font

Avant même qu'elle ne commence, la conférence de Palerme pour et non sur la Libye, comme a tenu à l'indiquer le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, aura été parasitée par le refus du maréchal Khalifa Haftar d'y participer pleinement, se limitant à une ultime présence condescendante, lors de la réunion des parties libyennes avec les «présidents des pays du voisinage» (Groupe des pays voisins) et l'émissaire de l'ONU. Il aura, de ce fait, boycotté la séance de travail qui devait regrouper tous les protagonistes de la crise et permettre de sceller un accord consensuel en faveur de la feuille de route de Ghassan Salamé. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, celui-ci a présenté, jeudi dernier, au Conseil de sécurité de l'ONU, un nouveau planning qui renvoie le processus d'organisation des élections au printemps 2019, à la condition que la démarche soit approuvée par l'ensemble des factions concernées.
Mais le refus de Haftar de participer pleinement à la conférence de Palerme et ses manoeuvres dilatoires, même si elles trouvent une certaine justification dans le fait que les recettes pétrolières de la Libye sont utilisées de manière anarchique et ne profitent guère au peuple libyen, mais à une «tumeur de groupes criminels» dénoncée, en pure perte, par le président de la National Oil Compagny (NOC), Mustapha Sanalla, compromettent d'autant les chances, déjà fragiles, du processus onusien.
Preuve de son cavalier seul face à ce qu'il considère comme un rival sans combattants, à savoir le président du Conseil Fayez al Serraj, reconnu par la communauté internationale, Haftar a snobé le dîner offert par Giuseppe Conte et montré son intransigeance quand il s'agit de s'attabler aux côtés des «représentants des forces extrémistes» islamistes dont il se veut la bête noire. Ce faisant, une fois encore, une fois de plus devrait-on dire, il focalise, le temps d'une journée, l'attention et les commentaires, généralement défavorables, mais le fait est qu'il devient, de plus en plus, celui par qui le scandale arrive.
A force de chercher à humilier Fayez al Serraj et ceux qu'il juge proches des groupes terroristes, il obtient l'effet inverse de ce qu'il recherche. Non seulement, il démontre les limites de son aptitude à diriger la Libye, puisque telle est sa seule ambition, mais encore il confirme aux yeux de ses détracteurs qu'il est un véritable fauteur de troubles, plus que ne le sont les milices intégristes qu'il combat, puisqu'elles ont accepté et soutenu le gouvernement d'union nationale de Fayez al Serraj.
Qui plus est, ces coups de canif répétés à la feuille de route validée par le Conseil de sécurité de l'ONU risquent immanquablement de lui porter préjudice, même si, pour le moment, il bénéficie du soutien inavoué, mais réel, de certaines capitales dont le jeu en Libye reste aussi trouble et aussi inconséquent que peut l'être la stratégie de Khalifa Haftar lui-même.

Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha