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Une histoire d'ingérences

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Il y a quelque chose de pathétique dans la déclaration du MAE français Jean-Yves Le Drian à l'adresse du président américain Donald Trump, sommé de ne plus «s'ingérer dans les affaires intérieures» de la France après des tweets narquois. D'abord, parce que Trump n'est pas le seul à commenter de manière acide les manifestations des Gilets jaunes, non sans tirer la couverture à lui, ensuite, parce que ses propos sont relativement «justifiés» puisqu'il s'en prend au donneur de leçons qu'est, à ses yeux, son homologue français Emmanuel Macron. L'homme, on le sait, n'a rien d'un politicien rusé et matois, il ne s'en cache guère, et c'est en tant que manager impitoyable, digne caricature de JR dans la série Dallas, qu'il gère les Etats-Unis et leurs «intérêts». Insensible aux arguties politiques, il n'y a qu'un bon paquet de dollars, lancé dans son escarcelle, qui puisse avoir le don de lui soutirer quelques larmes!
Outre ce fait, on imagine quelle serait la réplique de Trump ou du président turc Erdogan, bien plus incisif puisqu'il s'en prend aux actes «disproportionnés» des forces de l'ordre, il est vrai poussées dans leur «dernier retranchement». Les 150 lycéens de Mantes-la- Jolie, mis de force à genoux, mains sur la tête, et certains menottés, avaient de quoi, eux surtout, faire pleurer dans les chaumières, y compris en Turquie!
Le reproche qu'on peut légitimement adresser à M. Jean-Yves Le Drian, c'est que son pays ne s'est jamais gêné pour s'ingérer copieusement dans les affaires intérieures de nombreux pays, surtout lorsqu'il s'agit d'anciennes colonies. Un exemple est gravé dans les mémoires algériennes de façon indélébile, lorsque le président François Mitterrand dont on connaît l'affection particulière pour notre pays, avait crié son fameux «Il faut que le processus électoral aboutisse», l'aboutissement n'étant rien d'autre qu'un FIS au pouvoir et une Algérie, non plus à genoux, mais carrément avachie. Bref, quand on s'émeut aussi aisément, il convient également de se remettre en mémoire ces vérités incontournables et, donc, de balayer d'abord à sa porte. Le monde, dit-on, est un village et ce qui se passe chez les esquimaux ne saurait échapper au jugement péremptoire de ceux qui brûlent sous un soleil ardent. Le président américain est, certes, un adepte des sentences lapidaires, mais s'il n'était pas à la Maison-Blanche, ses tweets passeraient à la trappe, sans bouleverser qui que ce soit. Cela ne signifie-t-il pas qu'il n'a pas forcément tort, sans aller jusqu'à dire qu'il a effectivement raison?

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