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Où va la Tunisie?

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Un journaliste tunisien est mort dans la nuit de lundi à mardi dernier: Abderrezak Zorgui s'est immolé par le feu, à Kasserine, une contrée parmi les plus pauvres du pays où le chômage sévit dramatiquement. Par son geste, il entendait protester contre ce fléau et dénoncer l'incurie des dirigeants qui manient les promesses, depuis 2011, mais tardent à apporter la moindre lueur d'espoir à une jeunesse de plus en plus désespérée. Face à un horizon totalement assombri, son geste n'est en fait rien d'autre qu'un pathétique appel au secours pour des milliers de laissés-pour-compte qui, à l'instar du vendeur ambulant de Sidi Bouzid en 2010, n'ont d'autre solution que celle de la terre brûlée ou du suicide. L'inflation progresse sans relâche et a atteint des niveaux record alors que le chômage poursuit son inexorable contagion, malgré une très relative croissance économique laborieusement arrachée. Certes, cela se passe dans un contexte de transition démocratique qui n'en finit pas de discourir, mais la majorité des Tunisiens ne cache plus sa peur du lendemain. Et pendant ce temps-là, les dirigeants se chamaillent, jusqu'à croiser le fer au nom d'une ambition politicienne dont le spectacle serait risible s'il n'était fort malvenu, en la circonstance. Souvenez-vous: en 2011, le Printemps arabe faisait fureur et portait dans ses vents violents qui balayaient nombre de pays dont la Tunisie voisine une fausse promesse de liberté qui s'est rapidement transformée en une farce liberticide. La Tunisie, longtemps présentée comme un modèle de réussite économique et de stabilité politique, a soudain sombré dans un chaos qui n'a pas fini de saper les fondements de sa «Révolution». Le tourisme, une des mamelles du pays, peine à retrouver des couleurs, malgré des efforts soutenus et les organisations comme les pays «amis» se contentent de délivrer beaucoup plus de bonnes paroles que de vrais chèques. Si les régions frontalières de l'Algérie et de la Libye parviennent, vaille que vaille, à subsister grâce aux nombreux échanges, plus ou moins légaux, les régions intérieures sont, quant à elles, dans un état de misère profonde qui tranche singulièrement avec les images de la Tunisie «utile». Quant aux instigateurs du Printemps arabe, ils observent avec une morgue et un dédain revigoré la lente et inexorable descente aux enfers d'un peuple qui s'est laissé prendre au miroir des alouettes, bradant sa quiétude et son autosuffisance d'antan en échange d'une porte prétendument ouverte sur un paradis artificiel.

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