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A Carthage, tout va bien

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Dans son discours, hier, à Monastir, lors du Congrès de Nidaa Tounès sous le signe de «la réforme et de l'engagement», on a encore mesuré le différend qui oppose le président Béji Caïd Essebsi et Youssef Chahed, même si ce dernier doit beaucoup au premier qui, le prenant sous son aile, l'a imposé au sein de Nidaa Tounes puis comme chef du gouvernement. Tout aurait été pour le mieux dans la meilleure des Tunisie s'il n'y avait pas eu cette montée en puissance, aussi brutale qu' imprévisible, de Hafedh Caïd Essebsi. Sitôt débarqué au comité exécutif du parti néo-destourien, il en a pris toute la mesure jusqu'à pousser vers la sortie des dinosaures comme Mohsen Marzouk, Habib Essid et d'autres. L'ambition de HCE est si grande et sa volonté de régenter la famille politique n'échappe à personne, pas même à son propre père qui, après avoir refusé de trancher entre l'enfant chéri et le fils adoptif prodigue, s'est finalement résigné à soutenir la chair de sa chair. Et c'est bien normal, diront ses partisans. Sauf qu'entre-temps, Youssef Chahed a su jouer des pieds et des mains pour s'attirer les faveurs de Rached Ghannouchi et du parti islamiste, devenu majoritaire lors des récentes municipales. Lequel Ghannouchi a planté un couteau dans le deal de Carthage, au grand dam du père et du fils, et, n'ayant peur de rien, pas même du Saint-Esprit, il a maintenu, contre vents et marées, son soutien à Youssef Chahed, sous prétexte de «ne pas aggraver la crise» dans laquelle se débat le pays. C'est ce qui a sauvé le locataire de la Casbah des foudres du clan Essebsi. Prenant la mesure des enjeux et mu par la même ambition qui taraude HCE, Chahed s'est mis à lorgner vers l'échéance de novembre 2019. La chose était permise puisque BCE en personne avait laissé planer le doute sur ses intentions véritables, pendant des mois, dans l'espoir de céder le témoin à HCE et de lui offrir, comme en 2014, le soutien enthousiaste de Ghannouchi. Hélas, trois fois hélas! Nidaa était en plein naufrage, Ennahdha de moins en moins enclin à «suivre» les oracles de Carthage et HCE de plus en plus enragé contre Chahed. Non sans raison puisque le chef du gouvernement s'est enhardi jusqu' à «ignorer» BCE lors de la constitution du nouveau gouvernement. Pire, il a créé Tahya Tounès, un parti dont la composante provient, pour beaucoup, d'un Nidaa épuisé. La panique qui a gagné le clan Essebsi, illustrée par le réquisitoire du président contre l'homme de la Casbah, à la faveur de la célébration de l'indépendance du pays, se révèle contagieuse puisque Ghannouchi, certes pour d'autres raisons, a pris soudain conscience du «danger» pour revenir promptement dans le giron de Carthage. L'homme de Ennahdha a non seulement réaffirmé qu'il n'est pas candidat à la présidentielle, mais il a beaucoup insisté sur «l'unité et la stabilité des institutions» qu'incarne, pour le pire comme pour le meilleur, Béji Caïd Essebsi. En somme, pour les deux vieux briscards, tout est bien qui finira bien...

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