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Si la Libye s' embrase

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La soudaine tentation qui a animé le maréchal Khalifa Haftar, chef d'une Armée nationale libyenne autoproclamée, pour se lancer à la conquête de Tripoli, moins d'un mois après avoir conclu avec le président du Gouvernement d'union Fayez al Serraj un accord sur la tenue de la Conférence nationale à Ghadamès, en fin de compte annulée, trouve-t-elle son explication dans la situation qui prévaut en Algérie? La question mérite d'être posée, même si l'entourage du tumultueux chef de guerre libyen s'efforce de dissiper le «malentendu». Les efforts constants et méritoires que la diplomatie algérienne a consentis, trois années durant, en vue de résoudre la crise libyenne au moyen d'un dialogue inclusif intéressant toutes les parties n'étaient sans doute pas du goût de certains, plus enclins à verser de l'huile sur le feu. C'est ce qui a poussé Fayez al Serraj à bousculer les modes habituels de la diplomatie en interpellant son homologue français sur sa «véritable» position dans cette affaire. La France a assuré, lundi dernier, qu'elle n'avait «aucune connaissance» quant aux intentions du maréchal Haftar, il est vrai plus au contact avec les Emirats et l'Egypte que nulle autre capitale, et Paris a ajouté n'avoir «aucun plan caché» pour la Libye où, dit-elle, elle «soutient» fermement le gouvernement de Fayez al Serraj. Pour les plus hautes autorités françaises, il y a une urgence à imposer le cessez-le-feu et réunir l'ensemble des «acteurs» de la crise libyenne autour de la table. Voire. Le maréchal Haftar croit dur comme fer que la situation algérienne sert ses intérêts et que «le moment est venu» d'imposer sa loi à toute la Libye, au mépris des efforts de l'ONU, dont le représentant spécial poursuivait son travail opiniâtrement, et du Groupe de pays voisins considéré comme quantité négligeable. Fort de ses soutiens, l'homme qui parle russe, connaît fort bien Sergueï Choïgou et ne jure que par les Emiratis. Croit-il vraiment s'imposer dans le contexte maghrébin sur la seule base de sa propension à faire parler les armes? Haftar a tort d'imaginer le long fleuve tranquille qui naîtrait de sa prise de Tripoli, toujours improbable à ce jour, et il lui faudra compter, bon gré mal gré, sur le retour de bâton qui ne manquera pas de se produire dans les pays voisins qu'il prétend «humilier» avec son esprit de conquête. Prendre Derna est une chose, s'imposer face à Misrata, Zintan, Zawiya et d'autres en est une autre. Et la première des conséquences évidentes va être une grave instabilité que son aventurisme instaure dans toute la région, au grand profit de Daesh et des multiples groupes terroristes qui n'en demandaient pas tant!

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