Fin du huis clos ?
Retrait, redéploiement, reconfiguration... le départ de la Gendarmerie nationale de la Kabylie a donné lieu à une bataille sémantique qui dissimule mal les enjeux sécuritaires et politiques qui sous-tendent cette décision.
A première vue, si l´on demeure dans une lecture tout a fait schématique, la Gendarmerie nationale a opéré un retrait de la Kabylie, conformément à l´exigence insistante des ârchs qui viennent de remporter une bataille politique majeure.
Sur l´aspect technique, la GN se redéploie en Kabylie selon une configuration qui prend en compte de nouveaux critères quant aux missions des gendarmes dans la région. Le tout pour éviter une confrontation directe avec la population en Kabylie, du moins avec le mouvement radical. Si le cafouillage est persistant, cela est dû certainement que à un certain niveau de l´Etat, cette décision n´a pas dû être appréciée par tout le monde. Le Président Bouteflika l´a esquissé lors de son discours en préparant l´opinion à une nouvelle carte sécuritaire en Kabylie qui prendrait en compte l´analyse des bavures des gendarmes dans les localités concernées et la volonté d´aller vers un apaisement politique et social qui préparerait le terrain à la tenue d´élections sans heurts dans la région.
Or, l´effet d´annonce n´a pas été explicite et la Gendarmerie se retire quasiment en catimini. Aucun communiqué officiel n´est venu en prélude à cette décision cruciale, donnant l´image d´un corps constitué déficient. Malgré les répercussions positives d´une telle décision, l´Etat vient de réaliser la pire opération médiatique jamais faite tant par l´absence d´anticipation que par l´inexistence d´une information claire sur le sujet. Heureusement que sur le plan politique, les gains seront importants tant cette revendication majeure du mouvement de protestation en Kabylie était au coeur de l´embrasement. Et les scènes de joie qui ont eu lieu dans certaines communes en Kabylie dénotent la pertinence de cette mesure même si les radicaux exigent toujours un retrait total des darkis.
Mais comme à chaque avancée, il y a le revers de la médaille. Le retrait de la GN est un précédent, voire un antécédent, qui ouvre une brèche béante. Au-delà du fait que la gendarmerie avait cru ne plus ressortir des agglomérations comme à l´époque de Chadli Bendjedid, elle quitte un espace de «compétence territoriale», cédant la place à une police, certes plus proche du citoyen, mais assez passive. Dans les faits, la gendarmerie s´en va. Il est clair que l´image d´un corps constitué, affrontant les jeunes, également à coups de pierres, était intenable. S´ils ne tirent plus à balles réelles, comme lors du printemps noir, les gendarmes étaient coupables, même par défaut, dès qu´une victime survient en Kabylie dans une sorte de huis clos gendarmes-émeutiers.
Reste à savoir si cette décision va atténuer la tension. Enfermé dans un processus de concessions, sans contrepartie évidente et palpable, l´Etat joue la carte de l´apaisement. Une telle décision motiverait une population extenuée pour aller voter. C´est du moins, un pari engagé. Mais rien ne dit que cette mesure pourrait effectivement décider la Kabylie à ne pas boycotter un scrutin qui semble loin dans les esprits des habitants de Tizi Ouzou ou de Béjaïa. Tout accrédite la thèse qu´au sein de l´Etat on réagit sur le registre de l´exceptionnel. Souvent à rebours d´ailleurs. Mais la lancinante question est: Le retrait des gendarmes va-t-il éliminer les raisons de la crise en Kabylie? ´´ Rien n´est sûr, du moment que les échauffourées persistent et que ni la constitutionnalisation de tamazight, ni le retrait de la Kabylie ne semblent des décisions ayant des répercussions immédiates sur le terrain. Ce qui donnerait une lisibilité floue sur la nature des projets et objectifs poursuivis en Kabylie par ceux qui nourrissent la violence.

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