Le pire est-il à venir?
Finalement l´armée a répondu au groupe des Onze et ce par la voix de son premier responsable, le général Mohamed Lamari. Reste seulement à savoir si cette réponse satisfera ceux qui l´ont sollicitée. Après le drame que le pays endure depuis sa dernière intervention, lorsqu´en 1991 elle s´était dressée contre l´irrésistible montée du FIS, celle-ci est devenue très prudente. Pourtant, aux yeux d´un très grand nombre d´observateurs cette intervention était nécessaire pour sauver l´Etat républicain et empêcher que le pays tombe entre les mains d´une théocratie qui enterrerait la liberté d´expression et les libertés individuelles.
Le général Lamari a été clair. L´armée sera neutre mais ne demeurera pas les bras croisés. Si elle voit que la Constitution est bafouée ou que la stabilité du pays est menacée elle interviendra.
Tout cela nous rappelle une réalité que nous avons tendance à oublier un peu, à savoir que nous, les civils, ne sommes pas assez mûrs pour gérer les affaires de la cité sans l´intervention d´une force qui jouerait le double rôle d´arbitre et de stabilisateur. L´armée dans l´Algérie de 2004 a encore un rôle important, voire déterminant à jouer. Il est significatif de constater que parmi les onze qui ont appelé l´armée à veiller sur le bon déroulement du scrutin, il y a des personnalités qui, il n´y a pas très longtemps, n´arrêtaient pas de crier que l´armée devait quitter le champ politique et renter dans les casernes.
Ces mêmes personnalités qui font appel à l´armée ont prouvé que leur rôle dans la vie politique du pays se réduit à rien du tout et qu´elles n´ont aucune capacité de mobilisation, elles qui parlent si souvent et si facilement au nom du peuple.
Tout cela n´est pas beau et peut contribuer à pousser les citoyens à ne plus avoir foi ni en ces personnalités ni en les institutions du pays. Les disparités sociales étant ce qu´elles sont, on peut s´attendre à ce qu´il y ait d´autres formes de désobéissance collective dont les prémices sont peut-être déjà présentes à travers la recrudescence de la criminalité et le développement du grand banditisme. Quand des gens sont convaincus qu´ils n´ont aucune chance d´améliorer leur sort honnêtement, on peut s´attendre au pire. Et là, ni l´armée ni les «partis politiques» ne pourront intervenir...

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