Dialogue de sourds
Dans beaucoup d´universités, les étudiants ont débrayé. On signale même quelques échauffourées, notamment à Béjaïa, Boumerdès, Annaba, et Tizi Ouzou.
Si les étudiants ont décidé de monter au créneau, c´est qu´il y a un malaise.
La revendication essentielle concerne l´équipement des campus en Internet, un outil qui est devenu indispensable de tout cursus universitaire. L´essentiel de la documentation se trouve maintenant on line. Quel que soit le cursus poursuivi, on a besoin de cet outil pour faire de la recherche, notamment dans un pays comme l´Algérie où le livre est soit introuvable, soit hors de prix. L´autre sujet de malaise concerne les débouchés: à quoi bon continuer à former des diplômés chômeurs?
Pourquoi l´université algérienne continue à ne pas être ouverte sur le monde du travail, sur l´entreprise et tous les futurs utilisateurs? On ne sera pas les premiers à dire qu´il est temps de sauter le pas et de faire en sorte que l´université algérienne ne fonctionne pas en vase clos et qu´elle a besoin d´avoir une prise directe sur le réel.
Ne pas trouver un poste d´emploi est une frustration en soi. Quand le phénomène touche des diplômés qui ont consacré les plus belles années de leur vie à la science et à l´étude, la frustration est encore plus grande. Quand on se retrouve à 27 ans ou 30 ans à se rouler les pouces, surtout après 18 mois passés au service national, on est prêt à faire n´importe quoi pour se sortir d´un tel guêpier. Y compris à prendre le rafiot des harragas.
Alors, quand on s´étonne de la fuite des cerveaux, y a pas photo, on doit certainement se tromper de peuple. Le malaise des universitaires est réel. Il est profond. Il est bon que les universitaires eux-mêmes fassent l´effort de réfléchir à la manière de rentabiliser le temps consacré à ce sanctuaire du savoir. Mais ce n´est pas suffisant.
C´est toute la société, et notamment les pouvoirs publics, qui ont les moyens de leurs politiques, qui doivent s´y mettre. Par conséquent, c´est l´effort de toute une nation.
Le gouvernement peut se défendre en alignant les chiffres, astronomiques d´après lui, consacrés au budget de l´enseignement supérieur. La réalité est pourtant là: l´Algérie n´accorde qu´une toute petite, voire une infime partie de son PIB à la recherche scientifique.
Par ailleurs, il n´existe pas suffisamment de passerelles entre l´université et l´entreprise. Pour ne pas dire qu´en fait, elles sont inexistantes. En d´autres termes, l´université et l´entreprise ne parlent pas le même langage. La faute à qui? très certainement aux responsables qui n´ont pas accordé un grand intérêt à cet aspect.

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