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«Après moi, le déluge...»

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«Après moi, le déluge...» (Louis XV, roi de France). Cette maxime est érigée en principe cardinal de gouvernement par les despotes arabes qui ne s´inquiètent pas de ce qui pourrait advenir après leur départ. D´ailleurs, pour bien mettre en exergue ce postulat, El Gueddafi «offre» au peuple libyen un déluge de sang. Dans cette optique, les autocrates arabes ont fait le vide autour de leurs personnes, ne tolérant que des valets, à la limite, des courtisans, pour les servir. Dès que l´un de leurs collaborateurs fait mine de s´émanciper, prend de la hauteur et/ou, surtout, du volume pour constituer une possible alternative de pouvoir, il est sèchement, sans état d´âme, jeté dans la trappe et dans les oubliettes du régime. Personne ne devait faire de l´ombre à ces nouveaux Nérons, singulièrement pas leurs collaborateurs, qui doivent savoir où est leur place et ne jamais faire interférence aux «maîtres». C´est là en fait, l´une des caractéristiques, la plus frappante, du pouvoir régalien de despotes arabes qui ne tolèrent, ni ne supportent de concurrence propre à remettre en question leur leadership. Cela étant, chaque dirigeant arabe pouvait alors s´exclamer «l´Etat, c´est moi!» (Louis XIV, roi de France). Et il ne se trouvera personne pour contester cette mégalomanie de l´homme fort du moment. Les réactions schizophréniques d´El Gueddafi, face à la révolte du peuple libyen, en disent long sur la psychologie d´un homme qui a osé, dans ses élucubrations, proférer cette énormité, établir le parallèle entre sa personne, le Christ et le Prophète Mohammed (QSSSL) (lors de la présentation de son Livre Vert). Voilà le genre d´hommes qui dirigent le Monde arabe. S´ils ne le font pas voir de façon aussi ouverte et bouffonne qu´El Gueddafi, nombre de ses pairs arabes n´en estiment pas moins que leur place ne peut être qu´au Panthéon, au-dessus de la plèbe, se faisant «violence» à la «guider». De Ben Ali à Saleh (Yémen) en passant par Moubarak et El Gueddafi, les récentes déclarations de ces dirigeants arabes disent bien tout le mépris qu´ils professent à l´encontre de leurs peuples. Etonnant, jusqu´où les despotes arabes sont prêts à aller pour conserver le pouvoir. Coléreux contre son peuple, il s´égosillait dimanche dernier qu´il n´était pas un président élu, mais un «qaîd» qui ne doit rien au peuple et qu´il resterait au pouvoir «ilal abad» (jusqu´à la mort). En fait, le «qaîd» libyen résumait et disait tout haut ce que pensaient tout bas ses pairs arabes, des peuples qu´ils s´étaient donné pour mission, non point de «civiliser», fût-il contre leur gré, mais bien de les tenir en laisse. Les (vaines) résistances de Ben Ali et de Moubarak, celle actuellement de Saleh, montrent bien la philosophie partagée par des autocrates arabes qui s´estiment au-dessus de leurs peuples auxquels ils ne jugent pas politique de justifier de leurs actes, fussent-ils pris au nom de ces peuples qu´ils tiennent en dehors des choses publiques. Mais le plus dramatique est qu´en faisant le vide autour d´eux, ces despotes ont en quelque sorte nivelé les valeurs - aucune tête ne doit dépasser - pour que n´émergent pas de personnalités susceptibles de réunir autour d´elles le consensus. Des personnalités capables, en cas de besoin, de prendre en charge le pays sans qu´il y ait fracture ou vacance de pouvoir. C´est ce qui risque d´arriver cependant en Tunisie (appel à un octogénaire pour la transition) et en Libye, de façon moindre en Egypte, alors que les despotes, en monopolisant le pouvoir, ont de fait émasculé leurs pays, l´appauvrissant politiquement, économiquement, socialement...Ce risque est également présent en Algérie où les hommes de stature d´hommes d´Etat font cruellement défaut. C´est là une réalité que les révoltes populaires arabes ont mise à nu. D´où des lendemains incertains pour un Monde arabe qui court vers de graves désillusions. «Après moi, le déluge», voilà une formule qui trouve toute sa signification dans un Monde arabe mis en coupe réglée par des prédateurs.

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