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Projection-débat de Derwisha à l’IFA

El harba ouine…

Alger et Tlemcen ont accueilli cette semaine ce beau documentaire de Leïla Beratto et Camille Millerand , une coproduction franco-algérienne de 50 min.

Nous sommes à Bordj El Kiffane, dans la périphérie d’Alger, de nombreuses familles noires d’Afrique, toutes des migrantes clandestins partagent dans la précarité une maison, appelée Derwicha. « On rentre dans cette maison début 2015. La première fois qu’on allume la caméra fin 2016. Une année et demie de travail et de discussions, de rencontres, de travail journalistique...ça prend du temps. Demander aux gens si ils sont d’accord et puis un lien assez fort se tisse, entre nous, «affirme lors du débat » la coréalisatrice Leïla Berato qui partage en fait le travail avec Camille Millerand. Lui à l’image et elle au son et les voilà embarqués dans une aventure humaine qui, depuis, ne s’est plus arrêtée. L’enfermement… tourner en rond… ce sentiment est capté dans ce carré de maison qui est détruite aujourd’hui..

Vivre malgré tout
Ce n’est pas un camp comme à la Calais, mais une grande maison, sans toit, qui n’existe plus aujourd’hui. Motif ? les voisins se plaignent du vacarme d’à côté et puis la vente d’alcool à la sauvette dit-on « des Noirs créent le bordel. » Pour autant, ces migrants sont conscients de leur condition, certains disent comprendre et décident de quitter, partir de leur plein gré. Une situation des plus compliquées, qui est loin de répondre aux stéréotypes du migrant dit classique, celui du misérable qui veut s’imposer à tout prix comme le pensent certains.
Ces migrants en clandestinité et sans domicile fixe, ayant fui leur pays pour aller en Europe, se retrouvent parfois en Algérie, coincés. C’est ce sentiment d’impuissance, doublé à celui de la vie, qui se doit malgré tout continuer, qui est mis en exergue dans ce film documentaire.
Ces familles, hommes et femmes, reconstruisent leur quotidien malgré tout. Cela peut être vu partout, même si l’exiguïté et la pauvreté sont visibles, pourtant, il y a une certaine passibilité étrange qui s’en dégage, qui contrebalance toutes les images des migrants que l’on a vues jusqu’à présent : des migrants souffrants, malades, échouant sur des bateaux de fortune ou entassés comme de vulgaires animaux dans des bus, pourchassés par la police. Rien de tout cela n’est montré. Tout ceci l’on connaît très bien. Même si beaucoup ferment les yeux. Nos deux reporters, armés de leur caméra et leur patience/passion pour le cinéma, vont aller à contresens de ce que l’on voit dans les médias. Ainsi est dépeint le portrait de cette femme simple avec sa petite fille. Une femme au foyer dont la journée est rythmée par le ménage le matin, la popote du midi, l’entretien de sa fille et la télé l’après-midi.

Ni blanc ni noir
Certains jeunes écoutent la musique, dansent, rigolent, un père de famille, fait répéter la table de multiplication à sa fille via skype sur son portable. Pour survivre certains vendent aussi de l’alcool à La Madrague et puis le week-end organisent des soirées dansantes où ils se retrouvent pour faire la fête… Cela aurait pu se passer à Ouaga ou dans n’importe quel autre pays…Cette fête-là, hélas, ne va pas durer longtemps, Une nuit, la maison est attaquée. L’expulsion des habitants est imminente. Michelle, Fabrice, Rodrigue, les protagonistes du film ainsi que leurs voisins décident de s’organiser pour se défendre, protéger la maison, sans mettre en péril leurs rêves. Cette maison aujourd’hui n’est plus… « Aujourd’hui certains sont retournés au Cameroun, d’autres en Côte d’Ivoire… l’idée est de continuer à travailler sur ce lien de confiance et ces histoires », dira Camille. Ce lien avec ces gens ne s’est depuis, plus coupé, puisque certains sont venus même assister aux projections du film, que ce soit au Cameroun ou en France Qui sait peut-être que l’on verra un jour la suite de ce documentaire. Un peu à l’image de Fi Rassi un rond-point, le plan fixe rappelle la pureté d’une photo, comme un arrêt sur image démystifié, à la différence que le plan n’est pas aussi lent que celui filmé par Hassan Ferhani.

La caméra, une amie complice
Toutefois, la caméra se donne aussi comme une confidente, une amie complice, d’où cette atmosphère ambiante qui se dégage souvent de cette habitation de fortune à laquelle ces gens ont su insuffler une âme et une ambiance remplie de vie et d’espoir. L’on se sent en effet souvent proche de ces gens, dans la pénombre intime de leurs nuits obscures alors qu’on vient de couper l’électricité, et que cela dure depuis des jours… Rien ne vient décourager ces hommes et femmes qui continuent à résister tout en cherchant à trouver des solutions. Dans la spontanéité, ce film se décline tout en mettant à plat ce nouveau « fléau » de l’humanité avec ses caractéristiques et ses failles car « tout n’est tout à fait noir ou blanc » dira Leïla Beratto qui, avouera-t-elle même ne pas pouvoir sans doute vivre à côté d’une « maison qui fait du bruit… » Pour autant, ces gens ayant fui leur maison, et leur pays, ont bel et bien comme nous tous, une identité, un parcours de vie, une famille, un visage, des traits, dont il faudra bien reconnaître et regarder en face, ne pas tourner le dos car il n’y a pas pire que celui qui ne veut pas voir… Et c’est cela que ce documentaire dit. Une émotion vraie à transmettre, loin du sensationnel et des clichées.

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