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Les objectifs stratégiques 2020-2025 du futur président

Le pari de l’émergence

L’économie est fondamentalement politique comme nous l’ont enseignée ses fondateurs, notamment Adam Smith, David Ricardo, Karl Marx…

Le constat est amer, malgré les discours triomphants de tous les gouvernements de 1970 à nos jours: l’Algérie depuis l’indépendance politique est une économie fondamentalement rentière, le système financier, enjeu énorme de pouvoir, étant étroitement connecté à la production de la rente. Toute augmentation ou baisse du cours des hydrocarbures avec les dérivés (98/97% des recettes en devises) ont eu des incidences à la fois économiques et politiques, comme en témoignent les impacts politiques de la crise de la baisse du cours entre 1986 et 1990. La gestion volontariste depuis l’indépendance, les enjeux de pouvoir internes, la crise économique, sociale et culturelle et, enfin, les contraintes externes de plus en plus pesantes ont abouti à des changements, menés parfois à la hussarde, qui ont révélé une réalité bien amère : l’absence dramatique d’une véritable stratégie nationale d’adaptation à ce phénomène total et inexorable, qu’est la mondialisation. La conjonction de facteurs endogènes et exogènes et l’intervention massive – parfois directe et par moment insidieuse – d’acteurs internes et externes ont abouti à une transition qui traîne en longueur depuis des décennies et non seulement pour la période actuelle.
L’économie est fondamentalement politique comme nous l’ont enseignée ses fondateurs, notamment Adam Smith, David Ricardo, Karl Marx, Joseph Schumpeter et plus près de nous les prix Nobel de sciences économiques attribués aux institutionnalistes entre 2000 et 2017. Les réformes, fondement de la transition socio-économique, renvoient à la refondation de l’Etat qui implique de saisir les tendances réelles de la société algérienne face tant aux mutations internes que mondiales. Les exigences d’un Etat fort de sa droiture et de son droit, si elles constituent un outil vital pour la cohésion nationale et le destin de la nation, ne doivent pas occulter les besoins d’autonomie de pouvoirs locaux qui doivent être restructurés en fonction de leur histoire anthropologique et non en fonction des nécessités électoralistes ou clientélistes. La cohésion de ces espaces et leur implication dans la gestion de leurs intérêts et de leurs territorialités respectives, enclencheraient alors une dynamique de complétions positives et rendront la maîtrise des groupes plus faciles pour la centralité politique nationale. L’autonomie des pouvoirs locaux ne signifie pas autonomie de gouvernement, mais un acte qui renforce la bonne gouvernance en renforçant le rôle de la société civile, que seules des actions d’intérêts communs doivent légitimer et non le soutien de l’Etat. La refondation de l’Etat, pour ne pas dire sa fondation comme entité civile, passe nécessairement par une mutation profonde de la fonction sociale de la politique. La fin de l’Etat de la mamelle, puis celle de la légitimité révolutionnaire, signifie surtout que le pouvoir bienfaisant ou de bienfaisances inaugurées comme contrat politique implicite par les tenants du socialisme de la mamelle, afin de légitimer l’échange d’une partie de la rente contre la dépendance et la soumission politiques et qui efface tout esprit de citoyenneté active, ce pouvoir doit céder la place à un pouvoir juste, justicier et de justice. C’est la norme du droit qui reprend sa place pour légitimer le véritable statut de la citoyenneté nationale. Le passage de l’Etat de « soutien » à l’Etat de justice est de mon point de vue un pari politique majeur, car il implique tout simplement un nouveau contrat social et un nouveau contrat politique entre la nation et l’Etat. L’Algérie ne peut revenir à elle-même que si les faux privilèges sont bannis et les critères de compétence, de loyauté et d’innovation sont réinstaurés comme passerelles de la réussite et de promotion sociale. La compétence n’est nullement synonyme de postes dans la hiérarchie informelle, ni un positionnement dans la perception d’une rente, elle se suffit à elle-même et son efficacité et sa légitimité se vérifient surtout dans la pertinence des idées et la symbolique positive qu’elle ancre dans les corps et les acteurs sociaux. Et la compétence n’est pas un diplôme uniquement, mais une conscience et une substance qui nourrissent les institutions et construisent les bases du savoir, afin d’avoir un impact réel sur la dynamique sociale globale et réaliser les aspirations d’une Algérie arrimée à la modernité tout en préservant son authenticité. La refondation de l’Etat ne saurait se limiter à une réorganisation technique de l’autorité et des pouvoirs. La gouvernance est une question d’intelligence et de légitimité réelle et non fictive. Cela implique des réaménagements dans l’organisation du pouvoir devant poser la problématique stratégique du futur rôle de l’Etat largement influencé par les effets de la mondialisation dans le développement économique et social, notamment à travers une réelle décentralisation.
En raison des crises internes qui les secouent périodiquement, du discrédit qui frappe la majorité d’entre elles, de la défiance nourrie à leur égard et à l’endroit du militantisme partisan, se pose cette question, à savoir si les formations politiques- pouvoir et opposition- sont dans la capacité, aujourd’hui, de faire un travail de mobilisation et d’encadrement efficient, évitant un affrontement direct entre citoyens et forces de sécurité et donc de contribuer significativement à la socialisation politique et ainsi d’apporter une contribution efficace à l’œuvre de redressement national, assistant souvent à leur déconnexion par rapport à la vitalité de la société toujours en mouvement ? D’où l’urgence de leur restructuration. Il s’agit d’introduire davantage de rigueur dans la procédure relative à la création des partis, sans pour cela verser dans l’excès qu’induit inévitablement toute approche bureaucratique de la chose politique. Il est sans doute utile, voire nécessaire, de s’intéresser à la représentativité des partis avant de décider de leur avenir. En tout état de cause, il nous semble plus équitable, et plus juste politiquement, de raisonner en termes de marché électoral et de laisser, dès lors, les règles du jeu politique et le nombre d’acteurs qui s’y adonnent, se fixer de manière concurrentielle. Le rôle des pouvoirs publics consistera alors à mettre en place les garde-fous indispensables et à veiller au respect strict des lois et des règles qui régissent le fonctionnement de ce marché. Quant à la société civile, force est de constater qu’elle est impotente. La confusion qui prévaut, actuellement, dans le Mouvement associatif national rend malaisée l’élaboration d’une stratégie visant à sa prise en charge et à sa mobilisation. L’implication de la société civile dans les affaires de la cité est un acte éminemment civilisationnel, qui intègre les changements d’une société en pleine mutation, et une manière d’aboutir à un projet de progrès.
Comme je l’ai démontré dans un ouvrage paru à l’Office des publications universitaires (OPU Alger 1983) «Valeur, prix et croissance économique», en référence à la théorie de la thermodynamique, le monde est en perpétuel mouvement. Même la pierre et notre univers (avec le réchauffement climatique, influences géostratégiques sur la cartographie géographique mondiale) que l’on croit inerte, se décompose lentement à travers les décennies et les siècles. La société n’échappe pas à cette règle où les mouvements culturels (qui seront prépondérants entre 2030 et 2040), économiques, sociaux, politiques avec des acteurs n’ayant pas toujours les mêmes objectifs, engendrent des transformations soit positives soit négatives. Le temps ne se rattrape jamais en économie que l’on peut définir comme la maîtrise et le gain de temps. Toute nation qui n’avance pas, recule forcément de niveau de vie comparée aux profondes transformations mondiales C’est dans ce cadre que le défi du futur président peut se résumer ainsi : soit une véritable stratégie d’adaptation à ce monde turbulent et instable, de profondes réformes afin de favoriser le développement durable ou une régression de l’Algérie tant dans le domaine économique, social, politique et militaire dans la mesure où le véritable pouvoir économique mondial et l’influence diplomatique au niveau de la diplomatie reposent sur une économie forte, où les deux pivots du développement du XXIeme siècle sont la bonne gouvernance et la maîtrise du savoir étant l’aube de la quatrième révolution économique mondiale 2020-2030. Il n’est plus permis, aujourd’hui, de faire l’impasse sur le rôle des acteurs résidents, mus puissamment par des intérêts organiquement liés à la distribution de la rente, qui ont pu à un moment où à un autre peser dans un sens franchement défavorable aux réformes politiques et économiques. De même qu’il n’est plus possible, du point de vue de l’analyse aussi, d’occulter le rôle que d’autres acteurs, externes ceux-là, ont pu jouer dans un sens tout aussi défavorable, motivés qu’ils étaient, eux aussi, par la défense d’intérêts de groupes ou de personnes que la poursuite d’un commerce hautement lucratif rendait allergiques à toute velléité de changement et de réformes. Des acteurs internes, aussi bien que des acteurs externes, ont agi clairement dans le sens contraire, encourageant et défendant, par des moyens divers, la mise en œuvre de réformes dont la nécessité n’échappe à personne.
Tout projet étant porté par forcément des forces sociales, souvent avec des intérêts différents, en démocratie ce sont les urnes qui tranchent le projet de société, où la minorité politique se soumet à la volonté de la majorité, tout en restant une force de proposition. Comment ne pas rappeler que par le passé,(2005),j’ai eu l’honneur de coordonner plusieurs ouvrages pluridisciplinaires , d’une brûlante actualité ,ayant abordé les réformes politiques, sociales et économiques, fruit d’un travail collectif à la rédaction duquel ont contribué des collègues spécialistes en anthropologie, en économie et en sciences politiques des universités d’Oran et d’Alger (Casbah Editions deux volumes 520 pages sous le titre Réformes et démocratie- 2005) . A cette époque, j’avais donné plusieurs conférences aux universités de Annaba, Constantine, Tizi Ouzou, Béjaïa, Mascara, Sidi Bel Abbès, Tlemcen, et d’Oran, ainsi qu’à l’Académie militaire inter-armes de Cherchell, avant de clôturer à l’Ecole nationale d’administration d’Alger (ENA) et, pour expliquer notre démarche fondée sur l’alternance démocratique tenant compte de notre authenticité, afin d’arriver à une économie diversifiée hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales avec l’avènement de la quatrième révolution économique mondiale 2020-2030. Que de perte de temps et dommage que nous n’ayons pas été écoutés.
Mais devant privilégier uniquement les intérêts supérieurs de l’Algérie, il n’est jamais trop tard pour bien faire, devant éviter la sinistrose, mais également l’autosatisfaction démagogique destructrice, l’Algérie possédant toutes les potentialités de sortie de crise, sous réserve d’une réelle volonté politique de profondes réformes structurelles. En résumé , l’objet de cette contribution a été un bref rappel des conclusions des différentes conférences et travaux que j’ai eu à diriger de 1974 à 2018 d’une brûlante actualité mettant en exergue des liens entre les réformes politiques et économiques devant avoir une vision stratégique. Nous n’avons donc pas attendu les évènements récents et les différents rapports de la Banque mondiale , du FMI pour proposer des solutions concrètes de sortie de crise pour l’Algérie . L’Algérie a besoin qu’un regard critique et juste soit posé sur sa situation, sur ce qui a déjà été accompli et sur ce qu’il s’agit d’accomplir encore au profit exclusif d’une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d’un même projet, d’une même ambition et d’une même espérance. Aussi, les objectifs stratégiques du futur président de la République est de faire de l’Algérie un pays émergent : elle en a les potentialités.

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