{{ temperature }}° C / {{ description }}

Cité introuvable.

L’Algérie peut-elle rester encore longtemps sans président ?

Basta au statu quo mortifère !

Il ne fait aucun doute, pour personne, que depuis le début du Hirak, le 22 février dernier, l’activité économique du pays s’est fortement ralentie et aucune entreprise étrangère ne s’est encore présentée pour y investir.

Nous verrons ce que donnera l’application de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, censée être très attractive pour les compagnies étrangères. En même temps, les experts économiques algériens prévoient une situation financière très tendue à partir de fin 2021, en conséquence de la fonte progressive des réserves de changes, de la montée du chômage et de l’augmentation des besoins de la population qui sont essentiellement satisfaits par les importations.
Le président Bouteflika qui est le principal responsable du capharnaüm algérien, a démissionné sous la pression du Haut Commandement militaire (HCM), le 2 avril dernier, cependant que le président par intérim Abdelkader Bensalah est sérieusement diminué par une affection maligne qui évolue crescendo. Aussi bien, est-il devenu indispensable que les Algériens et les Algériennes se préparent à aller aux urnes dans les mois qui viennent afin de lever les hypothèques politiques qui maintiennent un statu quo mortifère.
L’Algérie ira vers l’Etat de droit. Il y a eu un avant-22 février et il y aura un après-22 février. Le HCM l’y aidera. Il a engagé une lutte sans merci contre la corruption, le crime organisé et le grand banditisme. Ceux qui ont détourné et ceux qui ont aidé à détourner des dizaines de milliards de dollars, répondent déjà de leurs méfaits devant la justice qui a accumulé des preuves accablantes contre eux. Libérés de toute entrave, agissant selon leur conscience, les magistrats accomplissent, dans le strict respect des principes constitutionnels (présomption d’innocence et caractère exceptionnel de la détention préventive) et des règles du Code de procédure pénale leur office sans désemparer. Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître au HCM et à son chef, le général Ahmed Gaïd Salah, le mérite d’avoir respecté leurs engagements à l’égard des dizaines de millions d’Algériens, effarées par l’ampleur des sommes dissipées par des oligarques agissant pour le compte des politiques proches du ci-devant cercle présidentiel (auquel n’a jamais appartenu le général Ahmed Gaïd Salah, et pour cause, il a survécu miraculeusement à cinq ou six tentatives de déstabilisation de la part de Saïd Bouteflika, dès 2013). Les Algériens exigent que la justice passe et n’ont eu de cesse que de le réitérer depuis quatre mois; c’est ce que s’emploient à faire des magistrats qui ne reçoivent plus aucune directive de quelque pôle de pouvoir que ce soit.
Sur un autre plan, le HCM est soucieux de donner satisfaction aux mêmes Algériens qui réclament l’application des articles 7 et 8 de la Constitution, le premier relatif à la souveraineté populaire et le second à la souveraineté nationale. Toutefois, comme une population de 43 millions d’habitants ne saurait être ramenée à l’agora de Périclès (homme d’Etat athénien ayant vécu entre 429 et 495 avant J.-C. et ayant favorisé la démocratie athénienne, au point où il fut qualifié de démagogue et de populiste, dirait-on aujourd’hui), ce n’est qu’à travers l’élection de leurs représentants, que les Algériens pourront s’approprier leur destin et aller progressivement vers une démocratie représentative dont il faut se garder, dès maintenant, de croire qu’elle est le remède miracle aux graves défis qui se posent au pays. Les Algériens choisiront l’homme ou la femme qui devra proposer de substantiels changements institutionnels, fruit du dialogue que le HCM appelle de ses vœux et qu’une partie non négligeable de la classe politique et de la société civile est, semble-t-il, disposée à accepter. Un dialogue constructif, fécond, basé sur des concessions et des compromis précèderait l’élection présidentielle, à laquelle toute personne qui répond aux conditions posées par la loi peut se présenter. Une fois l’élection présidentielle scellée, avant ou suite aux législatives qui devront intervenir ultérieurement, un nouveau système de gouvernance sera alors prêt à l’emploi qui doit reposer sur des principes intangibles parmi lesquels, il y a :
1. Élaboration démocratique de la loi par un gouvernement et un Parlement (si le bicaméralisme est reconduit) directement issus de la volonté populaire.
2. Effectivité des lois qui auront vocation à s’appliquer à tous les citoyens, quel que soit leur statut symbolique et social.
3. Contrôle de la constitutionnalité des lois et des règlements par un Conseil constitutionnel également indépendant à travers le mode de désignation de ses membres.
4. Contrôle strict de l’utilisation de l’argent public par une justice et des organes para juridictionnels également indépendants.
5. Responsabilisation effective des magistrats devant un Conseil supérieur de la magistrature qui ne sera plus présidé par le président de la République ni vice-présidé par le ministre de la Justice, garde des Sceaux (ce qui suppose que la loi organique actuelle fixant la composition, le fonctionnement et les attributions du CSM devra être abrogée).
Tout le monde sait bien que le HCM n’a pas de candidat pour la présidentielle et ne soutiendra aucune formation politique pour les législatives. La direction actuelle du FLN se fait beaucoup d’illusions en pensant que son alignement sur la feuille de route du chef d’état-major lui vaudra un retour d’ascenseur. Le peuple algérien, dans sa globalité, exècre toutes les formations politiques de la défunte alliance présidentielle, même si elles devaient rénover de fond en comble leur base militante, si tant est qu’elles en aient une. Il faut bien que le FLN, le RND, le MPA et TADJ se le tiennent pour dit : L’institution militaire n’interviendra pas pendant la campagne électorale, celle de la présidentielle, comme celle des législatives ou encore à l’occasion de l’élaboration d’une très hypothétique constituante.
S’agissant du rôle de l’Armée, comme l’a dit avec justesse, A. Lahouari, dans ces colonnes (L’Expression du 13 juin 2019), l’Armée algérienne a déjà changé et elle poursuivra son aggiornamento. Pour bien saisir l’évolution de cette mutation, il est bon d’évoquer les trois temporalités dans lesquelles s’inscrit le rôle de l’Armée dans le système politique algérien depuis l’indépendance.
1. Il y a la période qui va de 1962 à 1989 caractérisée par une gestion directe des affaires publiques par les militaires, secondés toutefois par des technocrates issus de la fonction publique et de la haute administration.
2. Celle qui va de 1989 à 2019 se caractérise d’abord par une simple supervision de la part de l’institution militaire de la gestion des affaires publiques confiée à des civils cooptés directement ou indirectement par l’institution militaire et à l’égard de laquelle leur loyauté est sans faille. A partir de 2009, c’est la montée en puissance d’une oligarchie politico- financière procédant directement de la volonté d’un clan nominalement dirigé par le président de la République, puis, à partir de fin 2013, par son frère cadet, cependant que l’institution militaire est de plus en plus écartée du processus de décision.
3. Celle qui commence avec la prise en main de la situation du pays par l’état-major, mené par un homme ayant rejoint le maquis, alors qu’il n’avait pas 17 ans et dont le courage et l’endurance sont exceptionnels, de l’aveu même des officiers qui agissent sous ses ordres. Il vient d’ouvrir un nouveau cycle de la vie politique, à savoir que l’institution militaire ne cooptera plus les hommes et les femmes qui seront appelés à gérer les affaires de l’Etat et à administrer le pays. Pour les élus, ils devront rendre compte des résultats de leur mandat aux seuls électeurs, tout en étant soumis durant l’exercice de leurs fonctions à la cascade de contrôles a priori et a posteriori dont on espère qu’ils figureront en bonne place dans les textes les plus élevés dans la hiérarchie des normes et qu’ils seront dotés d’une pleine effectivité. Quant aux hauts fonctionnaires de l’Etat, il ne sera plus question de leur signer un chèque en blanc et ils devront se soumettre à l’ensemble des contrôles prévus par la loi, qui existent déjà, mais dont l’efficacité a été délibérément paralysée par le clan des Bouteflika et tous ses affidés.
L’urgence pour les acteurs politiques de s’impliquer dans la mise en œuvre de l’article 8 de la Constitution.
Ce qui relève désormais de l’urgence, c’est la mise en place d’une Haute instance indépendante de surveillance de l’élection présidentielle qui devra veiller à la transparence de l’élection présidentielle, et ce, depuis la convocation du corps électoral par le chef de l’Etat jusqu’à la proclamation des résultats provisoires du scrutin (seul le Conseil constitutionnel est habilité à proclamer les résultats
définitifs ; Constitution, article 182, alinéa3). L’article 194 nouveau de la Constitution révisée du 6 mars, texte certes globalement caduc, mais toujours valable juridiquement (la caducité ne remet pas en cause la positivité d’un texte, elle en compromet la concrétisation totale ou partielle et n’équivaut pas, en tout état de cause, à l’abrogation) ne doit pas être pris au pied de la lettre. Le chef d’état-major, depuis deux mois, ne cesse d’appeler toute la classe politique, la société civile, les intellectuels, les syndicalistes, les militants des droits de l’homme à participer à la mise en place d’une entité qui, à travers son organisation, son mode de fonctionnement et sa composante pluraliste, garantira les résultats du scrutin présidentiel. Si une personnalité comme Mustapha Bouchachi que je respecte profondément et pour qui j’ai beaucoup d’amitié (il est de plus, fils de chahid) a le courage de briguer la magistrature suprême, argument pris de son audience auprès de la population qui reste à évaluer car portée essentiellement pas les médias, je lui dis : « Chiche, va Mustapha ! Si tu es le meilleur, tu seras élu. » Je dirai la même chose à Karim Tabbou, Mokrane Aït Larbi (homme de principe, intègre, sincère et compétent), à mon ami Abdelaziz Rahabi (homme de courage, de principe, de conviction et sans nul doute le meilleur diplomate africain), Zoubida Assoul (qui allie force compétence et forte personnalité). Quant à Ahmed Benbitour, véritable homme d’Etat, il a décidé de se lancer dans la course, alors qu’il ne dispose pas d’un parti. Beaucoup de nos compatriotes mettent à son crédit compétence, intégrité, sens élevé de l’Etat, indépendance d’esprit. La liste n’est pas longue, hélas ; peu d’Algériens et d’Algériennes se sont vu offrir la chance de prouver leur savoir-faire, et cela, en raison de la nature des régimes qui se sont succédé depuis 1962.
En tout cas, le moment est venu de faire confiance au chef d’état-major et au HCM. D’ici la fin de l’année, certains experts estiment que l’Algérie figurera dans le TOP 10 des pays qui luttent contre la corruption. Un extraordinaire bond en avant, inimaginable, il y a seulement trois semaines. L’Armée n’a pas d’ambition politique. Son obsession : préserver l’intégrité territoriale, fut-ce au prix de lourds sacrifices et permettre à l’Algérie de démarrer enfin sur le plan économique. Quant à celles et ceux, établis confortablement à l’étranger, ayant quitté l’Algérie depuis des décennies, indifférents jusqu’ici à son sort et n’ayant jamais restitué le centième de ce que l’Algérie leur a accordé et donné, ils viennent ici pour jeter de l’huile sur le feu et œuvrer à la division de populations n’ayant pas de patrie de rechange et aspirant seulement à un mieux-être et à faire valoir leurs droits. Je dis à ce salmigondis d’opportunistes, que l’Algérie n’a pas besoin de subir l’imposture de nouveaux apprentis sorciers. Elle a déjà trop souffert.

De Quoi j'me Mêle

Placeholder

Découvrez toutes les anciennes édition de votre journal préféré

Les + Populaires

(*) Période 7 derniers jours