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Accusé d’avoir cautionné la dérive politique et économique

Faut-il dissoudre le FLN ?

Ce débat est aussi vieux que le parti qui fêtera en novembre prochain ses 65 années d’existence.

L’Organisation nationale des moudjahidine est montée au front, hier, demandant au ministère de l’Intérieur de retirer au FLN son agrément pour le mettre au musée. Dans une vidéo publiée, hier, Mohand Ouamar Benhadj secrétaraire général par intérim de l’ONM a jugé qu’«il faut rendre le sigle du FLN aux Algériens», estimant que le parti historique «est hors la loi». La salve a été forte contre le vieux parti qui a déjà un pied à terre depuis le début du Hirak le 22 février dernier. Faut-il en effet dissoudre le FLN ? Le débat sur la dissolution du FLN est aussi vieux que le parti qui fêtera en novembre prochain ses
65 années d’existence. Pour des scénaristes avisés, il y a matière à un vrai feuilleton restituant la tragédie d’un parti qui a concentré tous les conflits qui meurtrissent le pays: rivalité civil-militaire, putschs, coups d’Etat scientifiques, redressements et démissions avant d’être cloué au pilori par le Hirak qui l’accuse d’avoir cautionné le pillage du pays. Auréolé d’une des plus belles, des plus héroïques victoires sur le colonialisme dans le monde, le FLN se saisit du pouvoir en 1962 et s’en assure l’exclusivité en instaurant le système de parti unique. Mohamed Khider prend les rênes du jeune parti en tant que secrétaire général. A peine une année après l’indépendance, alors que la rébellion des Wilayas III et VI battait son plein contre le pouvoir personnel de Ben Bella, les premières fissures apparaissent au sein du FLN. Le 17 avril 1963, Khider démissionne de son poste de SG du FLN et s’exile en Europe. C’est le président Ahmed Ben Bella, également Premier ministre, qui cumule la fonction de secrétaire général du FLN d’avril 1963 à sa déposition en juin 1965. A Ben Bella succède Cherif Belkacem qui a fait long feu. Victime d’une cabale, il s’efface en 1967 et quitte totalement la vie politique. Il a été éjecté au profit du bouillonnant Kaïd Ahmed.

Chadli, Messaâdia et Mehri
Ce dernier s’est opposé à la politique de son compagnon de route, l’ancien président Houari Boumediene. Il a osé aller à contresens de la révolution agraire et surtout de la nationalisations des terres agricoles.
La foudre de la malédiction s’abat sur lui et il tombe en totale disgrâce. Exclu du parti, il meurt exilé le 5 mars 1978 à Rabat au Maroc.
Vint alors le tour de Mohamed Salah Yahyaoui. Militaire, arabisant de formation et de culture, il se voyait digne successeur du président Boumediene. Contre toute attente, c’est Chadli Bendjedid qui a été adoubé par l’armée et élu à la tête de l’Etat en 1979. Il évince alors Yahyaoui et le remplace par mohamed Cherif Messaâdia. Idéologue, politique et militant rompu aux arcanes du parti, il a eu à gérer les grands événements de cette formation avec une poussée politique de l’opposition clandestine très virulente. Et la noria continue, roule ! Arrivent brusquement les événements d’octobre 1988 qui avaient scellé le sort de Messaâdia. Envoyé à une réunion de l’UMA à Rabat, Chadli lui demande de ramener avec lui l’ambassadeur d’Algérie en poste, un certain...Abdelhamid Mehri., le patron du FLN ne savait pas qu’il venait de signer son arrêt de mort. Alors que l’avion d’Air Algérie atterrissait à l’aéroport, une voiture qui attendait sur le tarmac conduit Abdelhamid Mehri directement à la Présidence. L’idéologue n’y a vu que du feu. Il est remplacé par Mehri. Au suivant! On est en 1992, l’Algérie organise les premières élections législatives
libres de son histoire. Terrible gifle pour le FLN. Désavoué, il se classe troisième derrière le FIS dissous et le FFS de Hocine Ait Ahmed. Le processus électoral est arrêté, l’Algérie sombre dans la folie meurtrière, la guerre civile fait rage et le FLN, pour la première fois de son histoire se place dans l’opposition. « Mauvaises fréquentations» de Abdelhamid Mehri qui s’est rallié à Hocine Ait Ahmed. Une situation très gênante pour le pouvoir à l’époque qui a secrété une incroyable trouvaille! «Le coup d’Etat scientifique.»

Le goût succulent des cadavres
C’est ainsi que Mehri a été évincé pour retrouver à sa place le fade Benhamouda. Effacé et discret, il passe à la tête du FLN sans grand relief avant d’être débarqué par un jeune loup et ambitieux Ali Benflis. Ce dernier qui a pris les rênes du parti de 2001 à 2003, redonne pour la première fois au FLN sa majorité au Parlement. Emporté par cette euphorie du succès Benflis caressait le rêve légitime de devenir président. Il venait de franchir le Rubicond et l’ex-président Bouteflika l’élimine du parti par la grâce d’un mouvement de redressement conduit par Abdelaziz Belkhadem et d’une justice de nuit. Belkhadem prend les rênes du FLN de 2005 à 2013. Les crises s’empilent, s’accumulent et un mouvement de redressement en chasse un autre. Belkhadem alors confortablement assis sur le trône chavire une première fois quand les révoltes arabes portaient les islamistes au pouvoir. Au second dérapage, il se fait éjecter lui aussi par un mouvement de redressement avant d’être radié d’un trait de plume par Bouteflika des rangs du parti. Et voilà le bulldozer Amar Saâdani qui arrive avec fracas et vrombissements. Il descend dans la cage aux lions et mène son combat contre le patron des services de renseignement, le général Toufik qu’il accuse de tous les maux politiques dont souffre le pays. Le job étant accompli contre le patron des services de renseignement, Saâdani est poussé à la porte et démissionne de son poste en octobre 2016. Arrive le grotesque clown Djamel Ould Abbès pour amuser une galerie dégarnie d’un parti à bout de souffle. Le spectacle a duré deux ans, puisqu’en novembre 2018, Ould Abbès a été débarqué de son poste sans grand bruit au motif de maladie et c’est l’inconnu Bouchareb qui lui succède. Suffisant et imbu de sa personne, Bouchareb s’est lancé dans des diatribes injustifiées pensant donner du relief à une scène politique totalement vitrifiée sous l’ère Bouteflika. Peine perdue. Il sera lui aussi éjecté, humilié et vomi par le Hirak. Au FLN, les cadavres ont un goût succulent. Placé à l’affût, Mohamed Djemaï, achève son «ami» politique, Bouchareb, le piétine et prend sa place. Telle est l’histoire simple et brève du Grand FLN jusqu’au jour où il chuta dans les basses-cours. 

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