TÉHÉRAN POURRAIT PROPOSER SON PÉTROLE MOINS CHER
Le retour de manivelle
Pour contourner l'embargo pétrolier que lui impose l'UE, l'Iran serait contraint à cette option. Certains experts prédisent, dans un tel cas, une grave crise qui affecterait en priorité les monarchies pétrolières du Golfe.
Sommes-nous à l'aube d'une chute des prix du pétrole qui, de surcroît, sera provoquée par un des faucons de l'Opep qui a toujours milité pour un prix du baril de pétrole à 100 dollars, voire plus? Les analyses les plus audacieuses font courir les hypothèses les plus folles. L'Iran, qui a pratiquement le couteau sous la gorge et qui n'a pas trop de marge de manoeuvre, fera tout pour éviter le pire: l'asphyxie de son économie à travers l'embargo pétrolier imposé par l'UE. Un des moyens qui pourrait déserrer l'étau est de trouver une clientèle à laquelle il vendrait son pétrole à des prix défiant toute concurrence. Est-ce réalisable? Cette option n'est pas écartée par les observateurs les plus avertis du bras de fer qui oppose depuis des années Téhéran aux pays occidentaux à cause du programme nucléaire iranien, soupçonné d'être destiné à la fabrication de l'arme atomique. «L'embargo occidental allumera la mèche d'une crise économique qui affectera les pays de la région en général et ceux du Golfe en particulier, surtout en ce qui concerne les prix du pétrole et de son marketing», a déclaré l'économiste Hani al-Khalili, partisan de la thèse évoquée plus haut. L'Inde et la chine sont déjà preneurs (voir L'Expression du 31 janvier). Quelles conséquences pourrait subir le marché pétrolier? Cela entraînerait inévitablement «une déstabilisation des cours mondiaux, ce qui affectera les rentrées de devises des pays pétroliers du Golfe», conclut cet expert qui n'écarte pas une flambée des cours du métal jaune (l'or) qui pourrait servir de monnaie d'échange dans ce type de transaction. New Delhi s'y prépare. Pour l'instant, elle évoque la possibilité de payer le pétrole iranien en roupies. «Nous examinons et discutons d'autres options de paiement et la roupie en est une. Nous examinons la possibilité de payer (nos importations) en roupies», a déclaré à des journalistes le vice-gouverneur de la Banque centrale, H.R. Khan. Kassem Hamouri, expert pour la CN, prévient quant à lui, contre l'émergence d'un marché parallèle et décèle une aubaine pour certains pays d'augmenter ou de reconstituer leurs réserves. Estimant de toute manière que la République islamique d'Iran trouvera le moyen d'écouler son pétrole, il suggère de réexaminer les sanctions qui lui sont infligées par l'Union européenne. «Elles ne feront que déstabiliser et exacerber la tension du marché pétrolier mondial et ne réaliseront pas les objectifs escomptés de la pression contre l'Iran», a-t-il fait remarquer. Une analyse que partage la Russie qui a souligné que «les sanctions ne sont pas efficaces, et dans certains cas, elles sont contre-productrices. En l'occurrence, nous sommes en présence de la loi selon laquelle toute action engendre une réaction. Cela ne conduira à rien de bon», a indiqué lundi le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. L'Arabie Saoudite, qui a pris le parti de l'UE en s'engageant à pallier la défection du pétrole iranien soumis à l'embargo, devrait payer l'addition. Nous produisons actuellement entre 9,4 et 9,8 millions de barils par jour...Nous avons une capacité de production de 12,5mbj...Nous pouvons facilement atteindre 11,4 à 11,8 mbj en quelques jours. Tout ce que nous avons à faire est d'ouvrir les vannes. Pour atteindre les 700.000 barils par jour nous aurons besoin de 90 jours, a déclaré le ministre du Pétrole saoudien, Ali al-Nouaïmi, dans une interview accordée à la chaîne américaine de télévision CNN. Ce qui explique la mise en oeuvre progressive de l'embargo par l'UE qui ne sera total qu'au 1er juillet 2012. La réaction iranienne ne s'est pas fait attendre. Elle est tombée sous forme d'avertissement. «Ces signes ne sont pas des signes amicaux et nous invitons les responsables de l'Arabie Saoudite à réfléchir davantage», lui a répondu le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Saleh.
Riyadh a fait la sourde oreille et a réitéré mardi dernier sa disponibilité à satisfaire les besoins des pays consommateurs en or noir. En attendant, le pétrole iranien pourrait emprunter des canaux insoupçonnés.

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