APRÈS LA SORTIE INTEMPESTIVE DE NETANYAHOU

La rigueur scientifique

Sur les lieux de l'attentat au camion-bélier, le 8 janvier à Jérusalem-Ouest
Sur les lieux de l'attentat au camion-bélier, le 8 janvier à Jérusalem-Ouest

Le doute est l'âme de la science. Il est la moelle épinière de toute recherche de vérité. Il est la clé de toute crédibilité des actes et des agissements des hommes.

Ce qui est difficile à comprendre est plus difficile encore à croire. C'est ce que l'on peut constater aisément en regardant autour de nous, juste avec un peu d'attention.
Lorsqu'il y eut l'attentat de Nice, il avait fallu des jours, des semaines de recherches et d'interrogatoires pour arriver à remonter une piste et même cette piste était, au début, et de l'aveu du premier policier du pays, trop mince pour permettre de dire si cet acte avait ou non relation avec l'EI.
A Berlin, on a vu la même chose. La même hâte de connaître la vérité, mais la même prudence afin de ne pas laisser de place à la subjectivité, mère de toutes les injustices. Et partout ailleurs, cela a été ainsi. Et partout ailleurs cela semble le rester. Ne rien reprocher à personne jusqu'à pouvoir présenter les preuves de ses dires.
Le déroulement de l'enquête à Paris et à Berlin a été conforme à la démarche scientifique et à la méthode rigoriste de toute recherche de vérité. On eut droit à des délimitations de la problématique, à une évaluation de l'importance de la situation, puis les hypothèses commencèrent à venir s'accumuler les unes après les autres. On arrêtait des suspects tant par supposition que par conviction. Ceux qui s'avéraient innocents étaient relâchés. Ils étaient combien à avoir été arrêtés à Nice avant que seulement trois fussent présentés à la justice?
Le pauvre Pakistanais arrêté juste après l'attaque de Berlin, ne fut-il pas relâché aussitôt? Et les quatre Tunisiens arrêtés en Tunisie en relation avec la même affaire, ne le furent-ils pas juste après? Là c'étaient des hypothèses qui ne se confirmaient pas, qui étaient invalides. Lorsqu'on ne peut pas vérifier une hypothèse, on l'abandonne. Telle est la démarche scientifique et telle est l'exigence de l'esprit scientifique. Nul ne s'est hasardé à donner une paternité à l'action bien que tous pensaient à la même chose. Et même lorsque l'EI revendiquait, les esprits droits ordonnaient une, voire des vérifications. Le doute est l'âme de la science. Il est la moelle épinière de toute recherche de vérité. Il est la clé de toute crédibilité des actes et des agissements des hommes.
Sur le terrain a lieu un incessant aller-retour des hommes entre les détails sur les lieux et les premières réponses élaborées à partir de leurs théories qui, toutes, théories et supputations, doivent être confrontées à la dure épreuve de la vérification, du test, du contrôle. On n'a pas toujours raison, on le sait. Et s'il y a un lieu où il ne faut pas chercher à avoir raison à tout prix c'est bien dans ce genre de choses car on risque d'envelopper la vérité du manteau de nos fantasmes et Dieu seul sait ce qui pourrait en découler. Ce n'est pourtant pas le comportement de Netanyahou qui, quelques instants après l'attentat de Jérusalem, s'est présenté devant les micros de la presse pour déclarer que l'auteur de l'attentat était un sympathisant de l'EI. Tiens donc!!! Et comment l'a-t-il su? Ni l'EI n'a revendiqué, ni la police n'a eu le temps d'interroger le mort, ni personne d'autre que monsieur sait déjà tout.Une autre moquerie bien sûr, un autre mépris comme il nous a si souvent habitués. Cette fois, il ne se moque pas des Arabes seulement, mais de tout le monde, de ses amis en premier auxquels, en agissant ainsi il ne demande pas, d'être amis, mais d'être complices d'une injustice, oui une autre, à l'adresse de tous.Les objectifs de Netanyahou sont clairs. En se précipitant pour jeter l'étiquette de l'EI il veut faire d'une pierre plusieurs coups.Tout d'abord, confiner l'acte dans le recoin du terrorisme, sans même en vérifier la nature, signifie que l'homme veut éviter de reconnaître la vraie nature de cet acte. Cela signifie aussi qu'il veut s'attirer la compassion des autres, de la communauté internationale, lui qui en manque (le pôvre) ces jours-ci depuis que l'ONU et les Etats-Unis ont rejeté ses prétextes de la colonisation des territoires occupés. Enfin, il veut, comme à son habitude, trouver matière à pleurer avant de se venger sur les innocents qui sont là, juste à portée de char!