LES GROUPES ARMÉS SEULS INVITÉS AUX NÉGOCIATIONS D'ASTANA

Le flou persiste

Un camp de réfugiés kurdes à la frontière syro-turque
Un camp de réfugiés kurdes à la frontière syro-turque

La séparation entre groupes terroristes et groupes rebelles, exception faite de Daesh et d'Al Nosra, n'a pas encore été affinée et les délégations à pied d'oeuvre au Kazakhstan vont avoir les mêmes problèmes à surmonter que lors des rencontres précédentes.

Le cessez-le-feu général entré en vigueur le 30 décembre dernier, grâce aux bons offices de la Russie et de l'Iran, alliés de la Syrie, d'un côté, et de la Turquie, soutien des groupes rebelles, d'un autre côté, semble résister aux coups de boutoir des factions terroristes, telles que l'Etat islamique et Fateh al Cham (exal Nosra), même si des affrontements se poursuivent à 20 km de Damas entre l'armée syrienne et des éléments rebelles déterminés à garder leur position à Wadi Barada où se trouve l'importante réserve d'eau alimentant la capitale.
La population a beaucoup souffert du manque d'eau depuis deux semaines, mais le gouvernement est parvenu, sur la base d'un accord local avec ce groupe qui refusait hier encore de se retirer sur Idleb, à dépêcher une équipe chargée des réparations et de la maintenance des installations.
Au plan politique, l'entretien accordé par le président Bachar al Assad à trois chaînes françaises, dans le cadre de la visite effectuée par des parlementaires du parti Les Républicains ces jours derniers, a suscité une véritable levée de boucliers dans les médias de l'Hexagone où les critiques ont redoublé de férocité pour «condamner» ce qu'ils appellent une «inadmissible opportunité» pour «le dictateur coupable d'exactions» à l'encontre du «peuple syrien» de discourir sur la guerre qui ensanglante le pays.
A vrai dire, les commentateurs ont donné libre cours à leur hargne parce que le chef de l'Etat syrien a eu quelques mots favorables à l'adresse du candidat des Républicains, saluant le fait qu'il a opté pour une priorité: celle de combattre le terrorisme, en Europe comme au Proche-Orient, et surtout son choix de ne pas exclure la possibilité d'un dialogue avec le gouvernement syrien le moment venu.
Ces propos ont fait bondir dans beaucoup de salles de rédaction, promptes à réagir au chant des sirènes qui gouvernent la ligne éditoriale de la majorité d'entre elles. Mais c'est prêcher dans le désert, le discours proféré n'ayant rien de nouveau et ne prêtant surtout pas à conséquence par rapport à la réalité du terrain qui, évidemment, ne correspond pas, ou plus, à leur attente.
Le chef de l'Etat syrien a été, en effet, catégorique sur la volonté du régime de «poursuivre la guerre totale» jusqu'à la liquidation de tous les terroristes présents en Syrie. Ce faisant, il a laissé entendre qu'après la victoire à Alep-Est, le prochain objectif sera très probablement Idleb où ont été regroupés des dizaines de milliers d'éléments jihadistes, contraints de quitter les bastions qu'ils ont occupés dans d'autres villes et régions, entre 2011 et 2016.
La principale difficulté rencontrée par les parrains des négociations, que ce soit à Genève où l'opposition syrienne a vite éclaté sous les coups des surenchères fomentées par les groupes terroristes, ou lors des discussions entre Sergueï Lavrov et John Kerry, risque de miner, une nouvelle fois, l'initiative russo-turque et le déroulement des discussions à Astana. Là encore, la séparation entre groupes terroristes et groupes rebelles, exception faite de Daesh et d'Al Nosra, n'a pas encore été établie et les délégations à pied d'oeuvre au Kazakhstan vont avoir les mêmes problèmes à surmonter pour décider d'un cessez-le-feu définitif.
En outre, la démarche turque qui a consisté à exclure les Kurdes syriens de la négociation est contestée par les représentants du «Bureau de Rojava» (appellation de la partie kurde de Syrie), accueilli très tôt à Paris en perspective d'un éventuel morcellement du pays plus ou moins conforme au plan du GMO établi par Washington. Ankara s'est détourné au cours des six derniers mois de la coalition internationale, se méfiant de la stratégie Obama-Clinton et des conséquences préjudiciables à sa propre sécurité que ferait naître obligatoirement la conjonction entre le PYD et le PKK, en rupture de ban avec la Turquie depuis trois décennies. En mars 2016, le PYD avait proclamé la constitution d'une région fédérale kurde composée des zones sous contrôle mais l'intervention turque, baptisée «Bouclier de l'Euphrate» a vite fait de réduire à néant les tentatives sécessionnistes. Pour le moment, le flou persiste encore sur la date de la rencontre d'Astana ainsi que sur la liste des participants à ces négociations informelles. Mais on sait déjà que ce seront les représentants des groupes armés et non pas ceux des formations politiques, du côté de l'opposition, qui sont attendus au Kazakhstan, prélude à une autre réunion plus officielle, celle-là, puisqu'elle se tiendra sous l'égide de l'ONU et qu'elle aura lieu à Genève, haut-lieu des processus de dialogue politique même si rares sont ceux qui ont plus ou moins abouti à un résultat probant.