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RÉUNION TUNISO-LIBYENNE SUR LA TENSION SOCIALE À RAS JÉDIR

Entre Berlin et Ben Guerdane

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Le poste frontière Ras Jedir près de Ben GuerdaneLe poste frontière Ras Jedir près de Ben Guerdane

Les 500 km de frontière que partagent la Tunisie et la Libye font l'objet depuis plusieurs années d'une surveillance sécuritaire intense, durcie en 2016 avec les évènements de Syrte et la menace du retour de milliers de jihadistes tunisiens partis guerroyer en Irak et en Syrie.

Les autorités tunisiennes et libyennes se sont concertées jeudi dernier pour apaiser les tensions qui ont agité la ville de Ben Guerdane et sa région où des affrontements ont opposé des manifestants réclamant le libre passage des marchandises aux postes frontières et les forces de l'ordre assistées par d'importants renforts. «Une commission mixte s'est réunie à Tunis pour trouver une solution au poste-frontière de Ras Jédir», selon le gouverneur de Médenine (sud-est), Tahar Matmati, information confirmée devant les représentants des médias par le porte-parole du gouvernement, Iyed Dahmani, qui a évoqué «des réunions au ministère des Affaires étrangères avec des représentants libyens». «Nous suivons minutieusement la situation (...) Il y a le problème de la frontière du côté libyen et on est en train de gérer la situation», a également annoncé le Premier ministre Youssef Chahed sur la radio Mosaïque FM.
Ce n'est pas la première fois que ce genre d'incidents surgit. Voici cinq mois, des échauffourées ont failli aboutir à un véritable embrasement après que le poste frontalier de Ras Jédir, du côté libyen, ait été fermé, en représailles aux vacations du poste tunisien censées réfréner la contrebande qui sévit dans cette zone et qui constitue, surtout, l'unique activité pour nourrir des centaines de familles. Mercredi dernier, la grogne était à son comble et la situation a failli dégénérer une fois de plus, les manifestants réclamant la mise en application d'une convention conclue voici une dizaine de jours entre les autorités des deux pays voisins pour chiffrer la valeur et la quantité des marchandises autorisées au trafic dans les deux sens. La structure locale du syndicat Ugtt a lancé un appel à une grève générale pour maintenir la pression. Il faut dire que tout le Sud-Est tunisien est fortement tributaire de cette activité de contrebande, compromise depuis plusieurs mois déjà par la crainte de voir les groupes terroristes s'insérer dans le trafic et par le fait que les autorités tunisiennes et libyennes ont du mal à faire appliquer leur accord sur le terrain. Déjà, en mai 2016, un protocole d'accord avait été signé entre les deux pays pour mettre en oeuvre un nouveau régime douanier, afin de répondre à des semaines d'agitation, une grève générale et une véritable paralysie des échanges commerciaux au niveau de Ras Jédir.
Les 500 km de frontière que partagent la Tunisie et la Libye font l'objet depuis plusieurs années d'une surveillance sécuritaire intense, durcie en 2016 avec les évènements de Syrte et la menace du retour de milliers de jihadistes tunisiens partis guerroyer en Irak et en Syrie. Pour l'instant, on ne sait pas quels sont les résultats des discussions entre les représentants libyens et leurs homologues tunisiens à Tunis. Toujours est-il qu'une délégation ministérielle s'est rendue hier à Ben Guerdane pour rassurer les porte-paroles des manifestants, en particulier le responsable local de l'Ugtt. Il faut dire que ce problème intervient à un moment où le gouvernement tunisien est confronté à des problèmes autrement plus contraignants. Les dirigeants allemands, et à leur tête la chancelière Angela Merkel, ont menacé de supprimer l'aide au développement aux pays du Maghreb qui «refusent l'expulsion de leurs ressortissants déboutés du droit d'asile». Plusieurs dirigeants allemands ont ainsi brandi cette arme contre les trois pays maghrébins qui «ne coopèrent pas suffisamment sur ce dossier» dont la Tunisie, après l'attentat de Berlin commis par un jihadiste tunisien. Ils sont carrément sommés de se plier aux exigences des autorités allemandes. C'est ainsi que le président Béji Caïd Essebsi s'est empressé de réagir en affirmant que son pays «assume ses responsabilités». «Il faut que l'Europe soit tranquille», a-t-il ajouté, lors d'une réception au palais de Carthage. Sur le sujet de l'immigration clandestine, «nous avons des accords avec l'Europe, nous avons des accords bilatéraux avec certains pays y compris l'Allemagne, ce sont de bons accords et ils vont être appliqués», a-t-il rappelé en chiffrant à un millier le nombre de ressortissants sans papiers évalué par Berlin. Autant dire que les manifestations de Ben Guerdane, devenues cycliques mais dont il faut prendre sérieusement la mesure avant que la situation ne s'envenime au plus haut point, ont assombri davantage le climat qui pèse sur la Tunisie.

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