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RÉPRESSION AU RIF

Des Marocains dénoncent le "silence complice" de l'UE

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Incapable d'apporter des réponses à ses ressortissants, le régime marocain réprime lourdement toute contestationIncapable d'apporter des réponses à ses ressortissants, le régime marocain réprime lourdement toute contestation

L'activiste sociale et politique marocaine, Fatima Beladel a dénoncé mardi soir à Bruxelles le «silence complice» de l'UE et des gouvernements européens par rapport à la vague de répression et d'arrestations arbitraires au Rif (nord du Maroc), plaidant pour un «soutien international» en faveur de la libération des détenus marocains.

«Pourquoi l'UE n'a-t-elle pas soutenu la mobilisation du Rif?», s'est-elle interrogée lors d'une soirée organisée sur le thème de «Révolte dans le Rif, quel avenir pour le Hirak?», estimant que «les gouvernements européens sont complices» pour avoir fermé les yeux sur «des pratiques de torture révélées par des organisations et activistes marocains». Cette activiste marocaine a regretté, à ce titre, que l'UE ait cédé au chantage des autorités marocaines de la collaboration contre le terrorisme. «Le Maroc joue la carte du terrorisme et l'utilise pour faire pression sur l'UE afin de ne pas intervenir», a-t-elle soutenu. Depuis le décès fin octobre 2016 du jeune marchand de poisson, Mohsin Fikri, broyé par une benne à ordures alors qu'il tentait d'empêcher la destruction de sa marchandise saisie par la police, la mobilisation n'a jamais cessé à Al-Hoceïma (nord du Maroc) et dans plusieurs localités alentour. Le mouvement s'est même durci pour exiger que justice soit faite pour la mort du jeune poissonnier, mais également pour porter des revendications économiques et sociales en faveur de cette zone enclavée. Animé par des jeunes de la région, le mouvement de contestation populaire Hirak, est longtemps resté pacifique. L'arrestation fin mai de Nasser Zefzafi, le leader du mouvement, a marqué un durcissement de la crise. Environ 427 personnes, notamment les activistes constituant le noyau dur du mouvement, sont actuellement détenues dans les prisons marocaines, selon Fatima Beladel. Accusés d'«atteinte à la sécurité de l'Etat» ou de «séparatisme» de nombreux militants du Hirak risquent de lourdes peines. Pour cette activiste, c'est la mort de Mohsin Fikri qui «a été le déclencheur» de nouvelles demandes sur les conditions de vie d'une population marginalisée.«Les manifestations cristallisent une colère préexistante, liée au faible développement économique du Rif», a-t-elle affirmé, soutenant que la marginalisation de cette région est «programmée» par les autorités marocaines. Elle en veut pour preuve le taux de chômage «élevé» dans la région et qui avoisinerait les 60%. Pour Fatima Beladel, la souffrance des marocains du Rif est «réelle», soulignant que le mouvement de contestation populaire au Rif était «spontané» et que les femmes aussi sont très nombreuses à participer à ce mouvement et à investir les rues et les réseaux sociaux, malgré le fort conservatisme dans le milieu rural. Le militant des droits humains et activiste dans le comité Mohsin Fikri, Said El Amrani a déploré, de son côté, le silence des dirigeants européens sur «la répression qui continue», notamment de la France, soulignant que les autorités marocaines «refusent le dialogue et préfèrent répondre par la violence». «Contrairement à l'image d'un Maroc respectueux des droits de l'homme, de démocratie et d'Etat de droit que les autorités veulent véhiculer, le Maroc réprime les manifestants et ne laisse point de place à la liberté d'expression», a-t-il ajouté. Evoquant les racines profondes de la révolte du Rif, ce militant a assuré que la population exprime sa colère par rapport à la situation de l'emploi et au sous-développement de la région, dépourvue de toute commodité. «La population réclame une université et un hôpital, spécifiquement un centre d'oncologie fonctionnel», a-t-il précisé, faisant remarquer que la région connaît un taux très élevé de cancers en raison des bombardements au gaz chimique perpétrés par les Espagnols lors de la guerre du Rif (1921-1926). «Il n'y a pas d'annexe universitaire dans le Rif et les jeunes doivent aller dans d'autres régions, parfois très éloignées afin de faire leurs études supérieures», a-t-il encore ajouté. Mais, pour Said Boudouina, membre du parti socialiste unifié (PSU), la répression du Rif ne date pas d'aujourd'hui, soulignant que cette région est «très marquée par la migration» en raison des politiques de répression qui se sont abattues sur la population locale au fil des années.

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