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INDÉPENDANCE DE LA CATALOGNE

L'heure de la raison

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Pressé d'opter pour une voie médiane, soit une déclaration différée de quelques jours, soit une proclamation symbolique tributaire d'un processus par étapes, Carle Puigdemont a monté son chemin de croix péniblement, son discours ayant été reporté in extremis d'une heure entière pour cause de médiation démentie par Madrid.

L'Espagne était hier à deux doigts de la rupture: une déclaration d'indépendance de la Catalogne, l'une des régions les plus riches du pays, guettée par tout le pays, la peur au ventre, tant les conséquences étaient incalculables pour les deux camps. Les indépendantistes parce que l'aventure était des plus incertaine et les anti parce qu'il faudrait réinventer une autre Espagne. L'engrenage était tel que même l'UE se trouvait aux abois. Quant aux Catalans, répartis à parts égales pour et contre la sécession, ils n'avaient plus qu'une question en tête: le chef d'orchestre de cette partition programmée Carle Puigdemont osera-t-il aller jusqu'au bout et déclarer unilatéralement l'indépendance de sa région comme il n'a cessé de le proclamer, ou va-t-il temporiser, voire faire machine arrière toute? Ce fervent adepte de l'indépendance depuis son plus jeune âge, a répondu hier à la question, lors d'un discours reporté d'une heure devant le parlement catalan, non sans aborder les implications directes du référendum d'auto détermination illégal du 1er octobre. Plusieurs médias ibériques ont largement brodé sur son état d'âme, entouré de ses proches conseillers, durant la journée d'hier passée à rédiger et à peaufiner ce discours. Ils furent pourtant des dizaines de milliers, en Catalogne même, à lui dire «Basta», exactement comme les foules à Madrid. Et ce terme a aussi surgi chez la principale organisation patronale espagnole, Foment del Treball, après que six des sept entreprises catalanes cotées à l'indice des valeurs vedettes de la bourse aient décidé de transférer leur siège social hors de la région.
Pour autant, son propre camp n'a pas voulu en démordre et l'a encore encouragé, hier soir, avec une manifestation devant le siège du parlement, quitte à se retrouver chassé de l'Union européenne. Il est certain que l'enjeu revêtait une dimension homérique car la Catalogne, aussi vaste que la Belgique, compte quelque 7,5 millions d'habitants et participe de beaucoup à la richesse économique du pays.
Quant à l'Europe, qui peine encore à se remettre du Brexit, l'enjeu était tout simplement dramatique, sachant que les indépendantistes revendiquaient un score de 90% de voix favorables pour un taux de 43% de participation au soir du 1er octobre.
L'inconnu de Gérone qui aura fait trembler l'Espagne a beau ignoré les mises en garde de Madrid, notamment celle du chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy de suspendre l'autonomie de la Catalogne en cas de déclaration unilatérale d'indépendance.
Pressé d'opter pour une voie médiane, soit une déclaration différée de quelques jours, soit une proclamation symbolique tributaire d'un processus par étapes, il a monté son chemin de croix péniblement, son discours ayant été reporté in extremis d'une heure entière pour cause de médiation démentie par Madrid. En fin de compte, il a choisi la digression sur les violences policières contre les indépendantistes lors du référendum, puis l'histoire de la Catalogne sous Franco, occultant les conséquences du référendum dans des domaines essentiels comme les finances, le contrôle de l'espace aérien, les infrastructures (ports, aéroports, réseau ferroviaire, télécommunications...) et l'armée qui sont entre les mains de l'Etat. «Des millions de citoyens catalans estiment que la Catalogne doit devenir un État pour préserver ses droits», a-t-il soutenu.
Ni «délinquants», ni «fous», ni «putschistes», ses partisans et lui choisissent la voie de la raison et du dialogue, a-t-il conclu. Pour l'instant?

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