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QUATRE ÉTRANGERS ENLEVÉS À OUBARI, EN LIBYE

A l'est, rien de nouveau

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Des milices islamistes qui font la loiDes milices islamistes qui font la loi

Compte tenu de la situation, les enlèvements de travailleurs étrangers et les attaques contre les représentations diplomatiques par les milices ou les groupes terroristes sont assez fréquents, malgré une relative accalmie en 2017.

L'instabilité qui prévaut en Libye où les milices appliquent leur propre loi dans plusieurs villes de l'Est comme de l'Ouest perdure malgré les efforts du GNA qui peine toujours à asseoir son autorité même auprès des forces paramilitaires qui le soutiennent. Quatre ressortissants étrangers, dont trois Turcs, participant à la construction d'une centrale électrique dans le sud de la Libye, ont été enlevés vendredi par un groupe armé dans la région d'Oubari, selon la Compagnie nationale libyenne d'électricité. La confusion régnait toutefois sur la nationalité du 4e otage, un responsable local de sécurité ayant indiqué plus tôt qu'un ingénieur allemand et trois Turcs étaient «portés disparus», tandis que la compagnie d'électricité parle d'un Sud-Africain. «Un groupe armé a enlevé quatre travailleurs de différentes nationalités (turque et sud-africaine)» à Oubari (un millier de kilomètres au sud de Tripoli), a ainsi dénoncé la compagnie d'électricité qui supervise le projet, tout en appelant à la «libération immédiate» des quatre hommes. La compagnie turque Enka a confirmé peu après l'enlèvement de trois ressortissants turcs, dont deux de ses «employés qui se trouvaient dans le pays pour une mission temporaire». Les hommes «se déplaçaient en dehors de la zone de chantier», a-t-elle précisé. La compagnie libyenne a déploré l'incident, affirmant que «le projet stratégique» de la centrale électrique était «dans sa phase finale». Compte tenu de la situation, les enlèvements de travailleurs étrangers et les attaques contre les représentations diplomatiques par les milices ou les groupes terroristes sont assez fréquents, malgré une relative accalmie en 2017. En juin dernier, des hommes armés ont enlevé brièvement sept membres de la mission de l'ONU en Libye après avoir attaqué leur convoi. Cet acte avait entraîné le repli à Tunis de la mission onusienne faute de garanties suffisantes pour la sécurité de ses membres et c'est précisément ce que recherchent certaines factions par milices interposées. Hier, c'est à Tripoli qu'un groupe armé faisant office de police a fermé les portes d' une manifestation culturelle «Comic-Con» non sans avoir arrêté au préalable ses organisateurs, estimant que ce festival de pop-culture portait «atteinte aux bonnes moeurs et à la pudeur». Vendredi, des centaines de jeunes se sont pressés à l'ouverture, à Tripoli, de la deuxième édition du Comic-Con Libya, vêtus des costumes de leurs héros de manga ou d'animation favoris. Des compétitions de jeux vidéos figuraient également au programme de ce festival, un événement rare dans le contexte libyen, depuis plusieurs années. Un des participants a relaté que la «Force de dissuasion» a pénétré dans la salle où avait lieu le festival, arrêtant les organisateurs et s'emparant de tout le matériel disponible. Cette force loyale au Gouvernement d'union nationale (GNA) basé à Tripoli et soutenu par la communauté internationale est formée majoritairement de salafistes, venus pour la plupart de la ville de Misrata, distante de 70 km de la capitale. Faisant office de police à Tripoli, elle traque parfois de manière brutale tous les contrevenants, en général et en particulier les trafiquants (drogue, alcool) et les personnes soupçonnées d'appartenir au groupe Etat islamique (EI). Considérée comme la plus disciplinée de tous les groupes armés qui foisonnent à Tripoli et dans sa région, cette force a vu son influence grandir au point de restaurer une sécurité relative dans toute la capitale. Le festival était aux yeux des responsables de cette milice un «phénomène destructeur qu'il faut absolument combattre» et ses organisateurs «seront présentés au parquet pour atteintes aux bonnes moeurs et à la pudeur».
«Ce genre de festivals, importés de l'étranger, exploite la faiblesse de la persuasion religieuse (des jeunes) et leur fascination pour les cultures étrangères», a encore argumenté le groupe armé. Sans doute, les adolescents libyens se sont enhardis après l'accueil, en 2017, par l'Arabie saoudite, pays
ultraconservateur où les salles de cinéma sont bannies, de son tout premier Comic-con sans que les organisateurs et les participants rencontrent la moindre répression. Sans doute, certaines milices conduites par le milliardaire et chef des Frères musulmans libyens Abdelhakim Belhadj, se veulent-elles plus doctrinaires que les héritiers de Hassan al Banna.
Tandis que le statu quo perdure, avec un Parlement rivé à Tobrouk, un maréchal Haftar plus omnipotent que jamais à Benghazi et un GNA en proie à un avenir incertain, la Libye demeure en cette fin d'année 2017 dans les conditions d'instabilité et d'incertitude qui prévalaient en 2016. Aucune avancée prometteuse n'a vraiment été enregistrée malgré une foule d'initiatives, de négociations, de rencontres contraintes et forcées au point que l'Union africaine est montée au créneau, voici quelques mois, pour protester contre le parasitage des médiations onusienne et africaine. Et le bâton de pèlerin saisi par l'actuel représentant spécial du SG de l'ONU, Ghassan Salamé, ne donne guère l'impression d'avoir impressionné quiconque dans ce nid de frelons agités.

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