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LE PARI ASIATIQUE DU PRÉSIDENT DONALD TRUMP

Des tournées et des ritournelles

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Les présidents Trump et JinpingLes présidents Trump et Jinping

Après avoir menacé Pyongyang de mille et une catastrophes, il a soudain évoqué, samedi dernier, des «progrès» dans les tractations, juste au sortir d'une brève rencontre avec le président russe Vladimir Poutine. Une rencontre qui, a-t-il déclaré à la presse, l'a entièrement convaincu que les interférences de la Russie dans le déroulement de l'élection présidentielle américaine n'ont pas existé.

Avant de se rendre aux Philippines après une visite fortement symbolique au Vietnam, le président américain Donald Trump a repris ses tweets pour affirmer que son homologue chinois Xi Jinping lui a promis de durcir les sanctions contre la Corée du Nord en guise de réplique à la poursuite de son programme nucléaire. Prolixe après avoir plusieurs jours ignoré Twitter, son réseau social préféré qui vient tout juste de doubler le nombre de mots autorisés pour chaque message, il a déclaré hier que le président Xi Jinping, reconduit la semaine dernière pour un nouveau mandat de cinq ans à la tête de la Chine, accepte de s'associer à la démarche américaine qui cherche à contraindre Pyongyang par le biais de nouvelles sanctions.
Il aura fallu beaucoup d'insistance de la part du président Trump pour que Pékin consente à cette option dont elle doute qu'elle soit réellement de nature à infléchir la position nord-coréenne. Pyongyang a en effet procédé à un nouvel essai nucléaire en septembre dernier, déclenchant la colère des dirigeants japonais et sud-coréen qui estiment que ce programme les vise en premier lieu. Au cours de sa visite à Pékin, le président Trump a ainsi souligné, aux côtés de son hôte lors d'une conférence de presse, que «la Chine peut régler ce problème facilement et rapidement», une manière élégante de mettre Pékin face à ses responsabilités. Mais la surenchère verbale avec Kim Jong-un, durant ces dernières semaines, a apparemment laissé des traces, de telle sorte que le locataire de la Maison- Blanche s'est également fendu d'un autre tweet, toujours depuis Pékin, pour s'interroger en ces termes: «Pourquoi Kim Jong-un m'insulterait-il en me traitant de ´´vieux fou´´ alors que je ne le traiterai JAMAIS de ´´petit gros´´? Eh bien, j'essaie tellement d'être son ami, peut-être qu'un jour, ça arrivera!». Il semble que le président américain qui a alterné, des jours et des jours, les bonnes et les mauvaises nouvelles soit tout particulièrement à l'écoute de son homologue nord-coréen qui excelle dans ce genre de commentaire. Effectivement, M. Trump n'en est pas à une contradiction près. Après avoir menacé Pyongyang de mille et une catastrophes, il a soudain évoqué, samedi dernier, des «progrès» dans les tractations, juste au sortir d'une brève rencontre avec le président russe Vladimir Poutine. Une rencontre qui, a-t-il déclaré à la presse, l'a entièrement convaincu que les interférences de la Russie dans le déroulement de l'élection présidentielle américaine n'ont pas existé. «Des absurdités», l'a assuré le président russe et cela a suffi pour qu'il rejette toutes les accusations dont il a même jugé qu'elles affectent son homologue du Kremlin par leur caractère injuste. Or, il a suffi que la CIA rappelle quelques heures plus tard qu'elle maintient ces accusations pour que le président Trump effectue un rétropédalage spectaculaire et proclame qu'il «croit fermement» les dires de la centrale du renseignement américain. A-t-il oublié à ce point sa déclaration sur les «haineux et les imbéciles»? «Quand tous les haineux et les imbéciles se rendront-ils compte qu'avoir de bonnes relations avec la Russie est une bonne chose, pas une mauvaise chose? Ils font toujours de la politique, c'est mauvais pour notre pays. Je veux résoudre les crises en Corée du Nord, Syrie, Ukraine et le terrorisme, et la Russie peut grandement aider!» Pourquoi ce grand écart? A quoi M. Trump donne-t-il l'impression de jouer, si tant est qu'il joue? Toute la question semble se limiter à la personnalité controversée du président qui vient de fêter un an de présence à la Maison-Blanche. Mais il serait faux de croire que le président américain n'a pas conscience de ses valses-hésitations et en témoigne sa visite tout à fait réussie dans une Chine qu'il vouait aux gémonies au cours des premières semaines de son mandat. Non seulement il est parvenu à «rétablir la confiance» avec son homologue chinois, devenu «un homme charmant», mais il a encore réussi le tour de force de ramener plusieurs centaines de milliards de dollars dans son escarcelle au titre d'une coopération fructueusement renforcée. Il existe donc bel et bien une mécanique Trump à laquelle bien peu de dirigeants semblent en état de résister, surtout quand il leur faut «acheter» une mansuétude du milliardaire qu'ils ont eu tort de sous-estimer. La Chine détient à elle seule 75% des échanges entre la Corée du Nord et le reste de la planète et, vu de Pékin, il n'est pas aussi simple que cela d'envisager des restrictions comme cela est attendu par le camp hostile à Pyongyang. Washington et ses alliés souhaitent notamment une réduction de 30% des livraisons de pétrole, un pari à la fois difficile et hasardeux pour Pékin qui n'a d'ailleurs aucune envie de perdre cet allié au profit d'un Japon et d'une Corée du Sud qui restent, quant à eux, durablement sous tutelle des Etats-Unis. Si le président Xi Jinping tient sa promesse, le président Trump aura probablement remporté sa plus grande bataille de l'année 2017.

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