HARIRI RENTRERA AU LIBAN SOUS CERTAINES CONDITIONS

Riyadh convoque la Ligue arabe

Riyadh a exigé une réunion d'urgence de la Ligue arabe
Riyadh a exigé une réunion d'urgence de la Ligue arabe

Ce pseudo rebondissement qui répond peu ou prou aux attentes des Libanais intervient au moment où l'Arabie saoudite décide une réunion d'urgence de la Ligue arabe au niveau des MAE pour dénoncer «l'ingérence de l'Iran dans les affaires des pays de la région».

Si d'aventure l'Arabie saoudite s'avise d'attaquer le Hezbollah sur son propre terrain, c'est à dire au Liban, le risque d'embrasement de toute la région moyen-orientale sera alors majeur. Il n'empêche, Riyadh apparemment dirigée par un prince héritier impulsif et dominateur a déjà ouvert les hostilités si l'on en croît les propos du Premier ministre libanais démissionnaire Saâd Hariri qui a accordé dimanche un entretien à la chaîne du Futur.
Outre qu'il a écarté les accusations des milieux politiques libanais sur sa situation contrainte en Arabie saoudite, arguant de ses attaches profondes avec la famille régnante, Hariri a avancé plusieurs arguments de poids comme «le choc positif» qu'il a voulu provoquer avec sa démission, le retour obligé à «une distanciation réelle et non théorique» et surtout l'indispensable dialogue inter-libanais sur «la question des armes du Hezbollah». La boucle étant ainsi bouclée, il a promis qu'il sera de retour à Beyrouth dans deux ou trois jours, malgré les «dangers qui pèsent sur sa personne».
Ce pseudo rebondissement qui répond peu ou prou aux attentes des Libanais intervient au moment où l'Arabie saoudite décide une réunion d'urgence de la Ligue arabe au niveau des ministres des Affaires étrangères afin, postule le royaume, de dénoncer «l'ingérence de l'Iran dans les affaires intérieures des pays de la région». On ne voit pas comment l'organisation, totalement inféodée au royaume saoudien, pourrait s'abstenir d'un débat aussi problématique. La preuve, le MAE égyptien Sameh Choukry est déjà en tournée dans six pays arabes censés appuyer cette décision pour, selon le Caire, trouver les moyens de «désamorcer la crise» tout en déblayant la voie à cette réunion dont l'ordre du jour est particulièrement équivoque.
Le bras de fer que l'Arabie saoudite livre à l'Iran, depuis son intervention en 2011 dans les affaires internes de la Syrie puis de l'Irak et, plus récemment, du Yémen, risque de conduire à une escalade des plus Hasardeuses tant les dirigeants saoudiens, forts du tir du missile balistique sur l'aéroport de Riyadh par les houthis, semblent résolus à en découdre par Hezbollah interposé. Tout laisse à penser que cette réunion de la Ligue arabe risque de ressembler fortement à celles consacrées à la question de la Syrie et, plus récemment, à la formation d'une coalition arabe au Yémen. Elle intervient, en effet, dans un contexte de démission suspecte du Premier ministre libanais Saâd Hariri et surtout de diktat à peine masqué pour infléchir les rapports internes au Liban, auxquels s'ajoutent les récents appels de Riyadh mais aussi du Koweit, des Emirats arabes unis et de Bahreïn, à leurs ressortissants pour quitter «au plus vite» le pays du Cèdre ou ne pas s'y rendre quel que soit le motif. L'objectif de Riyadh est évident: la Ligue arabe va devoir entériner un réquisitoire implacable contre l'Iran et par ricochet contre le Hezbollah, déjà déclaré organisation terroriste pas plus tard que l'an dernier. Une fois de plus, les pays arabes vont connaître les aléas d'un bras de fer que nourrissent des ambitions et des alignements contraires aux véritables intérêts de leurs peuples. L'Algérie, comme à son habitude, ne manquera pas de mettre en garde contre une politique aventureuse dont seul l'ennemi israélien tirera encore profit. Sans doute, ne sera-t-elle pas seule car d'autres pays, comme la Tunisie, le Liban, l'Irak, mesurent les dangers que ne manquera pas d'engendrer une stratégie belliqueuse du royaume wahhabite, dans sa version coloriée MMS. A deux reprises déjà, la diplomatie algérienne a fait valoir son immuable alignement sur la légalité internationale que fondent les résolutions de l'ONU. Comme elle a brandi à maintes reprises sa doctrine de non - ingérence dans les affaires internes des autres pays et sa politique basée sur la coopération et la promotion de la paix. Qu'importe si certains ont du mal à entendre ces principes et guettent, encore et toujours, la moindre occasion pour tenter de distiller la zizanie à travers des zélateurs félons que seul motive l'appât du gain.
D'ailleurs, si les pays précités tenteront de garder leur distance vis-à-vis d'un projet par trop évident dans ses racines comme dans ses objectifs, ils ne seront sans doute pas seuls. Le Qatar, échaudé par ses récentes mésaventures avec les pays «frères» du CCG, l'Egypte qui a déjà beaucoup de souci avec les groupes terroristes au Sinaï et à la frontière libyenne ainsi que la Jordanie déjà à la peine face aux agressions israéliennes continues et aux conséquences de l'agression contre la Syrie vont certainement traîner les pieds et, s'ils concèdent une adhésion à contre-coeur, ce sera sans aucun enthousiasme. Le président égyptien Al Sissi en a donné le tempo, voici quelques jours, en affirmant que «les pays arabes sont las de ces guerres» fratricides.