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TÉHÉRAN CONSEILLE AU PRÉSIDENT FRANÇAIS DE «SUIVRE L'APPROCHE DU GÉNÉRAL DE GAULLE»

De l'eau dans le gaz entre la France et l'Iran

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Le 3 novembre, Velayati a dit non aux exigences de Riyadh exprimées par HaririLe 3 novembre, Velayati a dit non aux exigences de Riyadh exprimées par Hariri

«Sur les questions de défense et du programme balistique, nous ne demandons la permission à personne» avertit Téhéran. «En quoi cela regarde Macron? Qui est-il pour s'ingérer dans ces affaires?» a commenté hier Ali Akbar Velayati, le conseiller du Guide Ali Khamenei.

Alors que de nombreux observateurs s'interrogent pour savoir qui de l'Arabie saoudite et d'Israël va mettre le feu aux poudres dans un Liban mortifère, l'Iran a vivement réagi par la voix de son porte-parole diplomatique aux propos du chef de l'Etat français, Emmanuel Macron. Téhéran a en effet déclaré que la France ne devait pas se laisser influencer par les calomnies répandues par certains pays de la région. «Nous attendons de la France qu'elle ne se laisse pas influencer par les calomnies proférées par certains pays riverains du golfe Persique contre la RII et qu'elle porte un jugement rationnel, réaliste et juste sur les événements des régions sensibles du Moyen-Orient et du golfe Persique», a ajouté Bahram Qassemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. «Le président français ainsi que les autorités de son pays savent très bien que de telles accusations contre l'Iran ne correspondent pas du tout à la réalité des événements des dernières décennies de la région du golfe Persique. Nous sommes d'avis qu'une réaction responsable consisterait à ce que Paris convainque ses alliés régionaux d'opter pour des politiques et approches sages et dépassionnées» a poursuivi Qassemi.
Hier, pour la seconde fois en 24 heures, l'Iran a de nouveau critiqué les déclarations françaises qui portent sur une révision de la politique régionale et le programme balistique, mettant à l'épreuve le faible rapprochement entre les deux pays depuis l'accord nucléaire en 2015. Tout en réitérant sa disponibilité à «dialoguer» avec l'Iran, le président français Emmanuel Macron avait exprimé, vendredi, le «souhait que l'Iran ait une stratégie régionale moins agressive» avant de souligner sa préoccupation quant à «sa politique balistique qui apparaît non maîtrisée».
La réplique iranienne aura été immédiate et sans circonvolution. «Sur les questions de défense et du programme balistique, nous ne demandons la permission à personne» avertit Téhéran avant de s'interroger: «En quoi cela regarde Macron? Qui est-il pour s'ingérer dans ces affaires?» a commenté hier Ali Akbar Velayati, le conseiller du guide suprême Ali Khamenei pour les affaires internationales, à la télévision d'Etat. «S'il veut que les relations entre l'Iran et la France se développent, il doit essayer de ne pas s'ingérer dans de telles affaires, car c'est contraire aux intérêts nationaux de la France», a-t-il, tenu à souligner avant de conclure qu'il est «évident que notre réponse est négative» aux demandes de la France de négocier sur la question balistique et la politique régionale de l'Iran. Pour Ali Akbar Velayati, l'Iran n'a pas à demander «la permission aux autres pour savoir s'il peut avoir des missiles ou pas, (et) quelle doit être leur portée». Cette sortie d'un important dirigeant du pays intervient au lendemain de celle du porte-parole diplomatique iranien qui avait sèchement répondu aux tentations hégémoniques» de son pays au Moyen-Orient.
C'est chose évidente, il y a de l'eau dans le gaz dans les relations entre Paris et Téhéran, depuis 48 heures, l'intervention française auprès de l'Arabie saoudite pour exfiltrer le Premier ministre libanais ayant, semble-t-il, été assortie de considérations favorables aux thèses du Royaume wahhabite. Du coup, pour l'Iran, la «partialité» de la France est désormais établie et compromet sérieusement les chances d'un voyage que le président Macron comptait entreprendre afin de «protéger» l'accord sur le nucléaire et tous les dividendes économiques et commerciaux qui en découlent. «Je conseille au président français d'essayer de suivre l'approche du général de Gaulle et d'avoir une politique semi-indépendante» par rapport aux Etats-Unis, allié de l'Arabie saoudite et soutien de Mohamed ben Salmane, a insisté M. Velayati, qui a été ministre des Affaires étrangères pendant 16 ans, entre 1981 et 1997.
L' accord conclu en 2015 entre six grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France et Allemagne) et l'Iran pour établir le caractère pacifique de son programme nucléaire contesté peu après par le président américain Donald Trump, est également dénoncé par l'Arabie saoudite et Israël qui demandent non seulement sa révision mais également son extension au programme de missiles balistiques.
La visite souhaitée par Emmanuel Macron en Iran aurait été la première d'un chef de l'Etat français depuis plus de 40 ans mais les chances de sa programmation risquent de s'amenuiser de jour en jour, avec la montée des tensions autour du Liban et l'engagement de Paris en faveur des revendications saoudiennes. En prétendant ouvrir des négociations sur la politique régionale de l'Iran et sur son programme balistique, la France apporte de l'eau au moulin saoudien et mine par avance les multiples contrats très importants obtenus dans le sillage de l'accord sur le nucléaire, notamment le retour conséquent de Peugeot et Renault, l'achat d'une centaine d'Airbus et le contrat de 5 milliards de dollars qui permet à Total de participer à l'exploitation d'un gisement de gaz.

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