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APRÈS LA «PROVOCATION» ÉMIRATIE, LES TUNISIENS INDIGNÉS PAR LA «RABIA» D'ERDOGAN

Le signe égyptien d'un président turc

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Un petit signe vaut mieux qu'un grand discoursUn petit signe vaut mieux qu'un grand discours

Voilà que le message de Recep Tayyip Erdogan tombe comme un cheveu dans la soupe alors que le «malentendu» entre les Emirats et la Tunisie n'est pas encore tout à fait dissipé. Son geste volontaire sacrifie au «signal» de la confrérie des Frères musulmans...

Alors que la fièvre engendrée par la décision des Emirats arabes unis contre les Tunisiennes en partance pour Dubaï n'est pas encore retombée, les explications fournies sur une menace terroriste des combattantes de Daesh ayant été jugées boiteuses par l'opinion publique en général et les réseaux sociaux ainsi que les médias en particulier, voilà qu'une autre polémique a enflammé le grand Tunis où une pluie de commentaires plus ou moins acides n'a pas cessé de tomber ces dernières 48 heures!
Reçu au palais de Carthage par le chef de l'Etat, Béji Caïd Essebsi, hier matin, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a saisi l'opportunité pour adresser au peuple tunisien un signe de la main dont l'éloquence n'avait nul besoin d'être explicitée. Avant que les journalistes photographes présents sur le perron du palais de Carthage ne soient invités à immortaliser la rencontre entre les deux présidents, Erdogan a ostensiblement levé le bras droit et érigé les quatre doigts de la main qui sont, on le sait, un signe de ralliement adopté par la confrérie des Frères musulmans. Ce geste a été considéré comme un message lourd de conséquences politiques, au moment où la Tunisie est confrontée à une situation délicate face aux Emirats arabes unis. Ces derniers, comme nous l'avions déjà expliqué précédemment, avaient consenti à aider le candidat Béji Caïd Essebsi à la présidentielle de 2014 à condition qu'il rétablisse dans le pays la doctrine bourguibienne et débarrasse, par là même occasion, le pays de l'influence devenue prépondérante de la formation islamiste Ennahda conduite par Rached Ghannouchi. Or, BCE avait ensuite visité le Qatar où il s'est laissé convaincre de suivre une autre voie, toujours moyennant une aide conséquente, ce qui a conduit au deal Nidaâ Tounès-Ennahda dont la Tunisie porte toujours l'empreinte politique.Dubaï affiche, ainsi, une méfiance plus ou moins légitime à l'égard des Tunisiennes et des Tunisiens qui n'ont pourtant aucune responsabilité dans l'affaire. Mais voilà que le message de Recep Tayyip Erdogan tombe comme un cheveu dans la soupe alors que le «malentendu» entre les Emirats arabes unis et la Tunisie n'est encore tout à fait dissipé. Son geste volontaire sacrifie au «signal» de la confrérie égyptienne qui en avait imposé l'usage au moment des manifestations de soutien au président Morsi, issu de ses rangs, dont la destitution par l'armée a entraîné une rupture violente entre le pouvoir du maréchal Al Sissi et les islamistes égyptiens. Baptisé «Rabia», il signifie à la fois la volonté de résistance et celle de la solidarité militante. Pourquoi diable Erdogan a-t-il tenu à effectuer ce geste peu protocolaire? La logique voudrait qu'il cherchait visiblement à assurer de sa sympathie et de son soutien la frange tunisienne des Frères musulmans. Mais pourquoi? Contrairement à ce qui se passe en Egypte, ils sont non pas aux portes du pouvoir, mais carrément dans ses allées puisque le tandem Nidaâ-Ennahda gouverne sans problème le pays depuis 2014!A moins qu'il ne s'agisse d'une allusion discrète au différend avec les Emirats arabes unis qui n'ont à aucun moment fait la moindre allusion au contexte politique et se sont limités à évoquer des informations sur une menace terroriste «crédible». Grand prince, le président turc qui rêve de restaurer la grandeur de l'Empire ottoman a-t-il péché par excès d'orgueil? Il justifie son élan par le fait que le signe n'est absolument pas celui du Rabia égyptien mais uniquement la référence aux quatre piliers de l'Etat turc actuel, avec un seul drapeau, une seule patrie, une seule nation et un seul gouvernement! Le raccourci est saisissant, mais il ne paraît pas avoir convaincu son hôte puisque lors de la conférence de presse commune, le président Béji Caïd Essebsi a jugé nécessaire de préciser qu' «en Tunisie, nous avons un seul drapeau, ni deux, ni trois, ni Rabia...». De sorte que le petit geste par-ci, la petite phrase par-là, comme l'ont relevé les médias tunisiens, ont nourri une polémique d'autant plus vive que la visite du président Erdogan était critiquée par certains partis politiques, plusieurs médias et des courants dans la société civile. Ces derniers ont largement usé de comparaisons avec la période Bourguiba pour dénoncer la «faiblesse» de la réaction du gouvernement face à l' «humiliation» exercée par les Emirats arabes unis. Et de rappeler maintes anecdotes telles que le refus du Combattant suprême de serrer la main du roi Hassan II, devant tous les chefs d'Etat arabes, ou la convocation de l'ambassadeur américain au lendemain des bombardements de Hammam Chatt pour l'avertir qu'il romprait les relations diplomatiques au cas où Washington s'aviserait d'user de son veto pour empêcher la résolution condamnant son attaque. Autant de réminiscences empreintes d'une grande nostalgie dans laquelle la majorité des Tunisiens se réfugie pour tenter d'oublier qu'un Etat «qui date à peine de 1970» se permet de «moucher» le pays d'Amilcar Barca et de son fils Hannibal.

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