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L'ORGANISATION A FAIT PLUS DE MAL QUE DE BIEN

La Ligue arabe est devenue une ligue des monarchies

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La ligue des monarchies «arabes» se félicite en fait de ce clash entre le Maroc et l'IranLa ligue des monarchies «arabes» se félicite en fait de ce clash entre le Maroc et l'Iran

L'Algérie qui plaide la réforme profonde de l'organisation s'est retrouvée seule face à une coalition d'intérêts contraires aux principes fondateurs de sa politique étrangère.

La rupture par le Maroc de ses relations diplomatiques avec l'Iran, a manifestement fait des heureux au sein d'une Ligue arabe devenue un Conseil de coopération du Golfe élargi à des pays dont les positions concernant les questions régionales ne sont pas régies par des principes intangibles, mais par des positions négociables ou par le principe du «donnant-donnant». Cette attitude est illustrée par la dernière pseudo crise diplomatique entre le Maroc et l'Iran qui serait alimentée par le soutien de l'Iran et du Hizbollah libanais au Front Polisario. A ce propos, la Ligue arabe qui est sous le contrôle total de l'Arabie saoudite, a usé d'euphémisme en exprimant sa «solidarité» avec le Maroc face à ce qui a été qualifié d'«interventions dangereuses» de l'Iran «dans les affaires internes du royaume».

L'Egypte est devenue un simple pion
La ligue des monarchies «arabes» se félicite en fait de ce clash entre le Maroc et l'Iran, ce qui de facto signifie que le «front sunnite» s'est renforcé et que l'isolement de l'Iran se confirme d'autant plus que Washington menace de se retirer de l'accord sur le nucléaire signé en 2015 par l'Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l'Allemagne. Cette même Ligue arabe a exclu de ses rangs la Syrie pour mieux la laisser se faire détruire par des groupes terroristes multinationaux financés par des pays arabes et soutenus par des pays occidentaux. La même Ligue arabe qui gonfle sa poitrine face à l'ingérence présumée de l'Iran dans les «affaires» marocaines, a soutenu activement l'intervention militaire de l'Otan en Libye, sachant que l'éclatement des structures fragiles de l'Etat allait libérer les démons d'un pays où le tribalisme était latent, où les cellules terroristes n'attendaient que le chaos pour agir et où les chefs de guerre du Sahel espéraient s'approvisionner en armes lourdes. Le Maroc, qui a négocié le soutien de l'Arabie saoudite pour son plan d'autonomie du Sahara occidental est donc obligé aujourd'hui de rendre la pareille à Riyadh en «isolant» l'ennemi juré des Al Saoud, l'Iran. Cependant, le Maroc qui semble avoir opté pour une politique de fuite en avant aussi bien dans le dossier du Sahara occidental que dans les dossiers des crises sociales internes qui le minent et que l'Arabie saoudite ne peut régler tant elles sont profondes, risque d'entraîner toute la région d'Afrique du Nord dans le tourbillon et le bourbier du Moyen-Orient. En fait et depuis longtemps, la Ligue arabe a cessé d'être l'arbitre neutre des conflits inter-arabes, encore moins un espace de souveraineté des pays membres. L'Egypte qui était le pivot de cette organisation y est devenue un simple pion entre les mains du roi de l'Arabie saoudite aussi bien à travers son implication dans l'agression contre le Yémen que dans son alignement aveugle lors de la crise entre les monarchies du CCG et le Qatar. L'Egypte dont la voix était tonitruante au sein de la Ligue n'est plus désormais audible. Quant à la Syrie, elle a fait les frais de sa résistance à Israël et à la soumission arabe à la volonté américaine et occidentale qui veulent castrer tous les pays capables d'affronter militairement Israël et ceux qui refusent de céder leurs richesses aux multinationales. L'Irak et le Liban semblent aussi tourner le dos à une Ligue au service exclusif des monarchies du Golfe. Que reste-t-il comme pays ayant un poids régional? L'Algérie dont la politique étrangère a toujours été axée autour d'une solidarité arabe, de bon voisinage et surtout de la non-ingérence dans les affaires internes des pays membres, se retrouve malgré elle dans une situation embarrassante face à ces crises répétées qui opposent des pays arabes entre eux ou à des pays musulmans comme ce bloc sunnite anti-chiïte. D'ailleurs, dans ces situations l'Algérie a toujours préféré tirer son épingle du jeu, notamment lors de la décision d'exclure la Syrie de la Ligue arabe quand l'Algérie a voté contre cette option à risque. Il en fut de même lorsque les Arabes voulaient classer Hizbollah comme organisation terroriste. Toutes ces positions justes ont fait de l'Algérie une source de problèmes et de menaces pour l'hégémonie saoudienne, ce qui explique le soutien du Maroc dans le dossier du Sahara occidental. Au-delà de ces questions diplomatiques, l'Algérie est mal vue par l'Egypte, notamment depuis que la réforme de la Ligue arabe est considérée par Alger comme une priorité et une nécessité pour en finir avec l'hégémonisme politique et administratif.
En effet, l'Algérie ne rate pas une occasion pour réitérer son appel à une réforme profonde de cette organisation sclérosée, inefficace et inutile. Les représentants de l'Algérie, Bensalah et Messahel ont récidivé en rappelant l'urgence d'une réforme de la Ligue arabe, mais en vain.

La proposition de l'Algérie
«L'Algérie insiste sur la nécessité d'opérer une réforme profonde dans le système de la Ligue arabe», avait indiqué Messahel avant d'ajouter: «Cette réforme -extrêmement importante au regard de la situation qui prévaut dans le Monde arabe- nous permet d'avoir la libre décision et de résoudre nos problèmes». L'Algérie veut une réforme de fond de tous les mécanismes de fonctionnement de la Ligue arabe, de sa gestion et de son appréhension des questions arabes.
La revendication la plus pertinente reste celle exprimée, par l'Algérie en 2005, par la voix de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, proposant à ce que la présidence du secrétariat général de la Ligue soit assurée à tour de rôle.
Une demande qui n'a pas trouvé d'écho auprès des Etats membres de l'Instance panarabe. Donc, l'Algérie se retrouve quasiment seule face à une coalition d'intérêts contraires aux principes sur lesquels est fondée la politique étrangère du pays. A ce titre, n'est-il pas plus rentable moralement, politiquement et financièrement de geler la participation de l'Algérie à cette organisation dont les effets néfastes sur la Syrie, l'Irak, la Libye, le Yémen et la Palestine risquent de s'étendre à d'autres pays?

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