Accueil |Internationale |

MUNICIPALES EN TUNISIE

Un sérieux avertissement

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font
Des élections boudées par la jeunesseDes élections boudées par la jeunesse

66,7% des Tunisiens ne sont pas allés voter aux élections municipales. Un sévère avertissement. Et les islamistes d'Ennadha virent en tête.

Ils sont 66,7% de Tunisiens à avoir boudé les urnes pour les premières élections municipales depuis la «Révolution» de 2011. C'est ce que révèle un décompte des voix intervenu au niveau des bureaux de la capitale. Sept ans après la révolte qui a ouvert la voie à la démocratie donnée en exemple dans tout le Monde arabe, il est significatif de constater que la méfiance envers les dirigeants est devenue structurelle. Plusieurs jours avant le scrutin, le ton était donné quant à l'importance de l'abstention, mais les partis politiques comme les plus hauts dirigeants de l'Etat ne ménageaient guère leurs efforts pour tenter de contrebalancer la vox populi. Sauf qu'avec ce taux, on peut penser que le vote est un moyen qui ne convainc plus la majorité des Tunisiens dont le choix reflète un désenchantement profond après d'immenses promesses et de non moins immenses attentes. Beaucoup y voient d'ores et déjà un vrai camouflet pour les formations dominantes comme Ennahda et Nidaa Tounès, même si celles-ci conservent, toutes proportions gardées, leur suprématie, avec cependant une avance relative pour le parti islamiste de Rached Ghannouchi. Il est significatif, également, que Mourakiboun, une ONG tunisienne qui surveille le scrutin via un réseau de 3000 observateurs, ait relevé tout au long de la journée que les jeunes ont boycotté massivement les urnes, contrairement aux élections législatives de 2014 où ils étaient 68% des inscrits à avoir voté. Si à l'entrée du siège d'Ennadha, on pouvait croire à une ambiance de fête, les résultats sont désormais facteurs de douche froide quand on voit qu'en 2011, le parti islamiste totalisait 1,5 million de voix avant de descendre à 950.000 en 2014. Cela signifie qu'on est en présence d'une lente, mais inexorable érosion qui pourrait réserver bien des surprises en 2019. Néanmoins, Ennadha devance sans problème aucun le parti Nidaa Tounès du président Béji Caïd Essebsi et un dirigeant de celui-ci vient d'écarter l'idée d'une quelconque alliance au niveau national entre les deux formations complices, grâce aux «efforts» du Qatar. Il y aura des tractations, mais au niveau local et les alliances y seront concoctées en fonction des intérêts immédiats. Ennahada comme à l'accoutumée demeure toujours en tête dans de nombreuses régions et tout particulièrement dans le sud du pays où son ancrage est sans contestation possible. Et elle se place en pôle position à Tunis, avec une femme tête de liste, ainsi qu'à Sfax, deux anciens fiefs de Nidaa. Mais avec 70% d'abstentions, le vainqueur est contraint à la jouer modeste. Pour Nidaa Tounès, le directeur exécutif du parti, Hafedh Caïd Essebsi, fils du président de la République, a sorti coup sur coup une vidéo puis un communiqué pour se plaindre du manque de réactivité de l'Isie (l'Instance indépendante chargée des élections) face à ces réclamations qui, dit-il, affectent la démocratie tunisienne. Après clôture des bureaux de vote, il adoptera un changement de stratégie, se positionnant comme un parti pivot sans lequel Ennadha ne pourra pas obtenir une majorité au sein des conseils municipaux. En agitant le chapeau de l'entente cordiale déjà utilisé pour les législatives de 2014, il conforte le système NiNa (Nida-Nahda) dont se plaint la majorité des Tunisiens qui revendique un autre paysage. Des tentatives ont émergé en ce sens, mais elles n'ont pas du tout été concluantes. Face à ces deux locomotives et à la cohorte stérile d'une multitude de groupuscules censés être des formations politiques de premier plan, on a vu naître des listes non-partisanes, désireuses de rompre avec le tandem qui réglemente le pays, mais au final leur succès s'avère quasi symbolique.
La Tunisie est dans une passe difficile, malgré des efforts méritoires dans le domaine du tourisme où se dessine une petite embellie et la population souffre cruellement d'une inflation qui flirte avec les 8% tandis que le taux de chômage est à 15,5%, certains gouvernorats (wilayas) atteignant même les 35%.
La dévalorisation de la monnaie connaît un effet boule de neige au point que la majorité des gens n'a plus le coeur à entendre parler de politique, ce qui constitue un signal à prendre extrêmement au sérieux pour l'échéance présidentielle de 2019 à laquelle se préparent des prétendants déjà ancrés dans le sérail.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha