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AU LENDEMAIN D'UNE ÉLECTION SANS SURPRISE EN TURQUIE

Erdogan peut-il imposer sa ligne politique?

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Le chef de l'AKP de nouveau investi chef de l'Etat turcLe chef de l'AKP de nouveau investi chef de l'Etat turc

Selon les résultats provisoires des législatives, le parti de M. Erdogan, l'AKP, a obtenu 295 sièges sur 600 au Parlement et ne peut avoir de majorité sans son alliance avec le MHP, qui a créé la surprise en faisant élire 49 députés.

Les pouvoirs renforcés dont sera doté le président Recep Tayyip Erdogan après sa victoire aux élections en Turquie devraient le conforter dans sa ligne politique dure, estiment des experts. Ces élections marquent en effet le passage d'un système parlementaire à une hyper-présidence sous laquelle le chef de l'Etat détiendra l'ensemble du pouvoir exécutif et pourra gouverner par décrets afin de contourner le Parlement. «Fort de sa nouvelle légitimité politique, Erdogan va enfin instaurer le régime présidentiel et s'engager dans une politique d'affirmation de soi sur le plan national et international», estime Jana Jabbour, docteure associée au CERI/Sciences Po. Les élections de dimanche se tenaient un peu plus d'un an seulement après le référendum d'avril 2017 au cours duquel ce changement de système voulu par le chef de l'Etat a été adopté.
M. Erdogan était en campagne quasi-permanente depuis deux ans, d'abord militant pour la victoire du «oui» au référendum, puis pour les élections, initialement prévues en novembre 2019. Durant cette période, le chef de l'Etat a mené une politique implacable contre ses opposants, dans le cadre des purges après le putsch manqué de juillet 2016, suivi d'une répression tous azimuts qui a fortement tendu ses relations avec l'Occident.
Cette situation avait conduit, en amont du référendum, à une grave crise avec l'Union européenne, qui multipliait les critiques contre des «atteintes aux libertés individuelles», provoquant de vives réactions en Turquie. Selon des «analystes européens», le chef de l'Etat turc a usé de ces tensions pour «flatter la fibre nationaliste de l'électorat.»
La victoire acquise, M. Erdogan serait, toujours selon eux, tenté par une politique de détente pour apaiser une société très divisée, même si une telle ouverture risque de «se heurter à l'opposition de ses alliés ultranationalistes» du MHP, partisans d'une ligne dure notamment sur le dossier kurde. Selon les résultats provisoires des législatives, le parti de M. Erdogan, l'AKP, a obtenu 295 sièges sur 600 au parlement et ne peut avoir de majorité sans son alliance avec le MHP, qui a créé la surprise en faisant élire 49 députés. «Parce qu'il est redevable au MHP au parlement, il sera difficile pour (Erdogan) de passer en force, d'améliorer la liberté d'expression ou d'assouplir sa position sur la question kurde», estime Asli Aydintasbas, experte au Conseil européen des relations internationales. «Je pense (qu'aller dans ce sens) sera hors de question du fait de ces résultats», poursuit-elle.
C'est bien sûr avoir tout faux dans ces supputations et méconnaître l'art consommé du compromis utile dont le président Erdogan a toujours fait preuve. Sans aller jusqu'à dire qu'il prendra en compte l'appel de son principal rival, Muharrem Ince (CHP, social-démocrate) il fera en sorte d'être bel et bien «le président des 81 millions de Turcs». Ce qui n'exclut en rien la poursuite de la lutte implacable contre les terroristes du PKK qui tentent d'intensifier les feux du conflits en s'appuyant sur des forces extérieures.
Au cours de la campagne, poussé par les promesses de ses concurrents, M. Erdogan avait promis, en cas de victoire, de lever l'état d'urgence en vigueur depuis le putsch manqué.
Ses détracteurs ont beau jeu de l'attendre sur cette question et de crier partout qu'il ne tiendra pas sa promesse. Mais c'est sur le plan international que le ton s'est déjà nettement adouci depuis le début de l'année, M. Erdogan montrant des signes d'apaisement avec l'UE, voire même avec les Etats-Unis qui soutiennent les FDS syriens.
Les puissances européennes qui ne peuvent faire abstraction de la nouvelle donne turque vont-elles lui accorder un nouveau crédit et construire des relations plus sincères que par le passé avec Ankara? Ce n'est pas certain, car les calculs sont nombreux et contradictoires. S'il existe un sujet sur lequel tous les pays membres de l'UE sont parfaitement d'accord, c'est bien celui du rejet inexorable de la demande d'adhésion de la Turquie dont Erdogan lui-même ne parvient pas à s'affranchir.

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