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L'ANL DOMINE L'EST ET LE PÉTROLE DE LA LIBYE

Haftar caresse le rêve de Tripoli

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Haftar veut s'emparer de SyrteHaftar veut s'emparer de Syrte

Plusieurs médiations, dont la plus récente aura été celle de la France qui a réuni à Paris les différentes parties au conflit en vue de trouver une solution consensuelle, se sont toutes heurtées à ce refus de Haftar de reconnaître l'autorité du GNA conduit par Fayez al Serraj.

Deux mois auparavant, le maréchal Khalifa Haftar était malade et hospitalisé d'abord en Jordanie, puis en France à la suite d'un AVC qui mettait son entourage devant de graves incertitudes. Il semble aujourd'hui que cet épisode n'a plus les conséquences qu'on avait alors supposées et que le «maître de l'Est libyen», comme se complaît à l'appeler une certaine presse occidentale soit de nouveau sur le pont pour diriger l'Armée nationale libyenne autoproclamée dans son offensive sur la partie disputée avec des milices islamistes, dans le croissant pétrolier.
Mais l'appétit du maréchal ne se suffit pas de cette stratégie. Son autorité sur la quasi-totalité de l'Est libyen étant assise, Khalifa Haftar, l'un des principaux protagonistes du conflit, souhaite poursuivre son plan initial avec une pénétration de la Tripolitaine, où la région de Syrte pourrait constituer une étape décisive. Dans un pays confronté à des divisions et des rivalités tribales incessantes, l'homme a beau jeu de montrer son intransigeance face aux appétits des milices souvent extrémistes qu'il combat sans merci et il entend transcender la menace d'un retour au statu quo ante, avec les trois régions que sont la Cyrénaïque (est), la Tripolitaine (ouest) et le Fezzane (sud), avant la suppression du système fédéral en 1963.
Bénéficiant du soutien des autorités de l'Est - Parlement de Tobrouk et gouvernement -, Khalifa Haftar ne cesse de contester la légitimité du gouvernement d'union nationale issu de la médiation onusienne grâce à un accord en décembre 2015, par la suite dénoncé par certaines parties mécontentes comme Ghweil lui-même à la tête d'un gouvernement non reconnu.
Plusieurs médiations, dont la plus récente aura été celle de la France qui a réuni à Paris les différentes parties au conflit en vue de trouver une solution consensuelle, se sont toutes heurtées à ce refus de Haftar de reconnaître l'autorité du GNA conduit par Fayez al Serraj, pourtant seul reconnu par la communauté internationale. Au Caire, à Abou Dhabi, à Moscou ou à Paris, les engagements de Haftar ont toujours été faits du bout des lèvres, et ses propos chichement exprimés n'ont jamais fait une quelconque illusion.
Son offensive militaire est permanente, et tout récemment, il vient de reprendre le contrôle de sites pétroliers à des milices qui s'en étaient emparés à diverses reprises avant d'être vaincues. Conscient de ces échecs à répétition, le maréchal libyen a même lancé une attaque d'envergure contre la ville de Derna où sont cantonnées ces milices afin de s'en débarrasser une bonne fois pour toutes. Bastion des milices intégristes radicales, Derna était l'unique pôle urbain d'importance à lui échapper dans la région et sa reprise constitue le deuxième haut-fait après celui de Benghazi où il a établi son quartier général. C'est pourquoi il a tenu, à la faveur du traditionnel défilé et des cérémonies sanctionnant cette reprise, à évoquer une «journée glorieuse» pour le pays et à annoncer «la fin du terrorisme» dans toute la partie est de la Libye.
Il faut dire que les rivalités permanentes et les heurts entre des ambitions souvent démesurées des chefs de milices comme des chefs de tribus compliquent en permanence la situation et rendent la tâche facile au maréchal Haftar qui y trouve son meilleur argument quant à sa volonté d'imposer et de s'imposer comme la seule autorité capable de rendre à la Libye son destin unitaire. L'expansion au sud et à l'ouest du pays étant devenue relativement aisée, il ne lui reste plus qu'à se tourner vers la capitale, chose qu'il a promise à plusieurs reprises même s'il a du réfréner son impatience après des avertissements sévères de la communauté internationale.
Mais pas seulement car sur la route de Tripoli se trouve Misrata et ses puissantes milices qui règnent pratiquement sans partage sur la région et la capitale. Depuis leur réconciliation avec les milices de Zintan, après la reprise de Syrte affranchie du joug de Daesh, les Misratis qui vouent une hostilité farouche au maréchal Haftar ont renforcé davantage leur puissance et leur mobilité. Ayant repris l'ensemble du Croissant pétrolier d'où est exporté l'essentiel du pétrole libyen, Haftar a beau annoncer ces jours derniers que les revenus seront distribués par les autorités de l'Est et son armée, suscitant l'ire du GNA appuyé par des résolutions de l'ONU qui stipulent que seule la NOC, compagnie nationale libyenne sous tutelle de Tripoli, est habilitée à extraire et à vendre le pétrole du pays. Il se découvre ainsi à la croisée des chemins et son nouveau bras de fer avec le GNA paraît bien plus un coup de poker menteur avec lequel il cherche à obtenir des concessions importantes, relatives à l'approvisionnement en armes de l'ANL et à la mise en retrait du gouverneur de la Banque centrale, Sedik al Kebir, son ennemi juré accusé de soutenir les milices rivales. Mais compte tenu de ses ambitions ouvertement déclarées, on ne peut exclure le fait qu'il cherche à accentuer le travail de sape du GNA, aussi bien sur le plan militaire que sur le terrain des enjeux économiques et institutionnels.

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