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RENCONTRE HISTORIQUE DES DIRIGEANTS ÉTHIOPIEN ET ÉRYTHRÉEN À ASMARA

L'accord d'Alger sera concrétisé

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Le nouveau dirigeant éthiopien a amorcé un train de réformes sans précédent depuis plus de 25 ans dans le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique. Au nombre de ces bouleversements, figurait l'annonce, début juin, de son intention d'appliquer l'accord d'Alger signé en 2000 avec l'Érythrée.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed s'est rendu, hier, à Asmara pour une rencontre historique avec le président érythréen Issaias Afwerki destinée à mettre un terme à des années d'hostilité entre les voisins de la Corne de l'Afrique. La télévision officielle de l'Erythrée a montré les deux dirigeants qui ont récemment amorcé un rapprochement s'étreignant dans la capitale érythréenne tandis que le chef de cabinet de M. Abiy, Fitsum Arega, déclarait par tweet: «la visite offre une occasion extraordinaire pour promouvoir la paix pour le bien de nos peuples». Lors d'une scène inimaginable il y a encore quelques semaines - les plus hauts dirigeants des deux pays ne s'étaient pas retrouvés depuis près de vingt ans -, M. Abiy est descendu d'un avion d'Ethiopian Airlines à l'aéroport d'Asmara, saluant le président Issaias et le prenant dans ses bras avant que les deux hommes ne foulent un tapis rouge. Ils se sont dirigés vers le lieu d'un entretien sans faire de commentaire. «Cette visite s'inscrit dans les efforts de normalisation avec l'Erythrée. (M. Abiy) doit discuter avec les dirigeants érythréens de la manière de nous réconcilier», a déclaré le porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères Meles Alem.
Le sommet de dimanche fait suite à l'annonce par M. Abiy le mois dernier de la volonté de l'Ethiopie de céder à l'Erythrée un territoire frontalier disputé qu'elle occupe toujours malgré un jugement d'une commission indépendante internationale soutenue par l'ONU datant de 2002. Le refus de l'Ethiopie continuait de bloquer les relations bilatérales bien que les deux frères ennemis aient mis fin aux hostilités après une guerre qui les a opposés entre 1998 et 2000 et fait quelque 80 000 morts. Cette guerre s'est inscrite dans le contexte d'un conflit plus ancien encore. Ancienne province éthiopienne sur la mer Rouge, l'Erythrée a déclaré son indépendance en 1993 après avoir chassé les troupes éthiopiennes de son territoire en 1991 au terme de trois décennies de guerre. Les relations bilatérales se sont envenimées, un contentieux sur la délimitation de leur frontière commune dégénérant en guerre ouverte cinq ans plus tard. C'est l'arrivée au pouvoir à Addis Abeba en avril, de M. Abiy, 42 ans, qui a ouvert la voie au dégel des relations. Le nouveau dirigeant a amorcé un train de réformes sans précédent depuis plus de 25 ans dans le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique. Au nombre de ces bouleversements figurait l'annonce début juin de son intention d'appliquer l'accord de paix d'Alger signé en 2000 avec l'Érythrée et les conclusions de la commission internationale sur la démarcation de la frontière. Bien accueillie par le chef de l'État érythréen, cette initiative a débouché sur l'envoi fin juin à Addis Abeba d'une délégation érythréenne de haut niveau et l'annonce à cette occasion d'une prochaine visite de M. Abiy à Asmara. La promesse du Premier ministre d'un retrait éthiopien de la zone contestée, dont la ville symbole de Badme, accordée à l'Érythrée en 2002, ne s'est pas encore concrétisée sur le terrain où les dernières hostilités remontent à deux ans à peine. En juin 2016, un violent accrochage avait opposé les deux armées à la frontière, les Érythréens affirmant avoir tué plus de 200 soldats éthiopiens et Addis Abeba rappelant qu'elle avait «la capacité de mener une guerre totale». Mais en répondant à la main tendue de M. Abiy, le président Issaias a tranché avec ses habituelles diatribes. A la tête depuis 1993 d'un des régimes les plus fermés et les plus répressifs au monde, il justifie depuis des années l'emprisonnement de dissidents et la conscription obligatoire par la nécessité de se défendre contre l'Éthiopie. La décision de M. Abiy de tourner la page du conflit en respectant l'accord de paix d'Alger a été saluée par la communauté internationale.

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