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WASHINGTON MENACE ANKARA DE NOUVELLES SANCTIONS

La livre turque s'enfonce

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Alors qu'elle avait repris des couleurs cette semaine après une spectaculaire débâcle, elle a à nouveau piqué du nez, hier, perdant près de 5% face au dollar.

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a averti jeudi que les Etats-Unis prendraient des sanctions supplémentaires contre la Turquie si le pasteur américain Andrew Brunson n'était pas libéré rapidement. «Nous avons mis en place des sanctions contre plusieurs membres de leur gouvernement», a déclaré M. Mnuchin lors d'une réunion à la Maison-Blanche, du cabinet du président Donald Trump et de ses principaux ministres, à laquelle la presse a pu assister. «Nous prévoyons de faire davantage s'ils ne le libèrent pas rapidement», a-t-il ajouté. Le président américain avait en préambule estimé que la Turquie n'avait pas été une très bonne «amie». «Ils ont un fantastique pasteur chrétien là-bas, c'est un homme très innocent», a-t-il dit. M. Brunson, originaire de Caroline du Nord, a été arrêté en octobre 2016 par les autorités turques qui l'accusent d'espionnage et d'activités «terroristes». Un tribunal turc a rejeté mercredi un nouvel appel demandant la levée de son assignation à résidence et de son interdiction de quitter le territoire. Cette affaire a déclenché une crise diplomatique entre Ankara et Washington, deux alliés au sein de l'Otan, qui a provoqué l'effondrement de la livre turque ces derniers jours. Les Etats-Unis ont notamment imposé des sanctions contre les ministres turcs de l'Intérieur et de la Justice, accusés d'avoir joué un rôle central dans la détention du pasteur Brunson. Ankara a répliqué par des mesures similaires.
Face à ces nouvelles menaces de sanctions, Ankara a haussé le ton. La Turquie a promis hier de répliquer si les Etats-Unis décident, comme ils ont menacé de le faire, de durcir leurs sanctions liées à la détention d'un pasteur américain, lesquelles ont déjà nettement fragilisé la livre turque. «Nous avons répliqué (aux sanctions américaines) en accord avec les règles de l'OMC et nous continuerons de le faire», a réagi hier la ministre turque du Commerce, Ruhsar Pekcan, citée par l'agence étatique Anadolu. Alors que la crise diplomatique entre les deux alliés de l'Otan ne montre aucun signe d'apaisement, la livre turque, qui a pourtant repris des couleurs cette semaine après une spectaculaire débâcle, piquait à nouveau du nez hier.
Vers 9h 30 GMT, la livre turque perdait ainsi près de 5% sur la séance face au dollar, effaçant ses gains de la veille et tombant à 6,1246 pour un billet vert. Le ministre turc des Finances, Berat Albayrak, par ailleurs gendre du président Recep Tayyip Erdogan, s'était efforcé jeudi de rassurer les marchés, au cours d'une téléconférence inédite avec plusieurs milliers d'investisseurs.
Il a assuré que son pays «émergerait encore plus fort» de la crise de la livre, dont la valeur a fondu d'environ 40% par rapport au dollar cette année.
Il a par ailleurs indiqué que son pays n'était pas en contact avec le Fonds monétaire international pour un éventuel plan d'aide et qu'Ankara n'aurait pas recours au contrôle des capitaux. Pour Capital Economics, la performance de M. Albayrak a été «modérément convaincante» Les autorités «ne semblent vraiment avoir fait que le minimum nécessaire», poursuit le cabinet dans une note à ses clients. Lors de la téléconférence, M. Albayrak «n'a pas pris en compte pourquoi la confiance en la Turquie s'est évaporée». Les économistes restent préoccupés par la dispute entre Ankara et Washington mais aussi par la mainmise du chef de l'Etat turc sur l'économie.
Les marchés ont sévèrement sanctionné le refus de la Banque centrale de relever ses taux d'intérêt le mois dernier, en dépit de la chute de la monnaie nationale et d'une inflation galopante. Recep Tayyip Erdogan, partisan de la croissance à tout prix, s'y oppose fermement. Dans la tourmente financière, la Turquie a néanmoins reçu un soutien de poids mercredi: le Qatar a promis d'y investir 15 milliards de dollars.

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