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L'ARMÉE SYRIENNE VEUT FAIRE TOMBER LE DERNIER BASTION JIHADISTE

Idleb dans le viseur d'Al Assad

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«Les chars se dirigent vers le Nord, tandis que les responsables russes et syriens battent les tambours de guerre», confirme Aron Lund, expert du think tank The Century Foundation.

La province d'Idleb est l'ultime grand bastion en Syrie où sont acculés jihadistes et rebelles. La région pourrait être la cible d'une offensive imminente du régime et de son allié russe, mais selon des experts, elle ne visera que des secteurs périphériques, car dans un pays morcelé par une guerre impliquant également puissances régionales et internationales, le sort d'Idleb, située à la frontière avec la Turquie, ne pourra être réglé sans un accord entre Moscou et Ankara qui craint les répercussions d'un assaut, surtout l'afflux massif de réfugiés. Province du nord-ouest syrien dominée par l'organisation jihadiste, Hayat Tahrir al-Cham, formée de membres de l'ex-branche d'Al-Qaïda, Idleb est dans le viseur du régime. Elle accueille aussi des groupes rebelles ainsi que des milliers de personnes, des insurgés et leurs familles, chassés des zones reprises par le régime. Le 15 août, le quotidien pro-régime Al-Watan a annoncé l'envoi de renforts aux abords de la province, les «plus importants depuis le début de la guerre», en 2011. «Les chars se dirigent vers le Nord, tandis que les responsables russes et syriens battent les tambours de guerre», confirme Aron Lund, expert du think-tank The Century Foundation. Insurgés et jihadistes prennent la menace très au sérieux: ils creusent des tranchées, érigent des fortifications et organisent des camps d'entraînement, selon un correspondant de l'AFP sur place. Fin 2017, l'armée de Bachar al-Assad, soutenue par Moscou, avait reconquis les localités et les villages des limites sud-est de la province d'Idleb, à la faveur d'une offensive.
Le 9 août, elle a largué des tracts appelant habitants et combattants à se rendre. «Une opération limitée est plus probable à ce stade», affirme M. Lund. «Le gouvernement de Assad pourrait être intéressé par des régions aux franges d'Idleb». L'opération ciblerait des régions spécifiques de la province d'Idleb, ainsi que d'autres zones proches contrôlées par des rebelles et des jihadistes, mais qui se trouvent dans les provinces voisines de Hama (Centre) et d'Alep (Nord). Contrairement à la province d'Idleb, celles de Hama et d'Alep sont contrôlées en grande partie par le régime. «Il n'y a pas de raison de s'attendre à une offensive majeure pour conquérir tout Idleb», indique Sam Heller, analyste à l'International Crisis Group. «Mais une offensive plus limitée pour capturer certains secteurs périphériques, semble très probable». Les experts citent la région agricole de Sahl al-Ghab, à cheval entre le nord de Hama et le sud d'Idleb, ainsi que le secteur voisin de Jisr al-Choughour, dominé par les jihadistes dans l'ouest d'Idleb. Cette région est accolée à la province côtière de Lattaquié, un bastion du régime où se trouve la base militaire russe de Hmeimim. «Les Russes sont convaincus que les drones qui prennent pour cible leur base aérienne à Lattaquié sont envoyés des alentours de Jisr al-Choughour», souligne M. Heller. L'objectif est aussi de sécuriser des secteurs le long de la principale autoroute du pays, la M5, qui relie la ville d'Alep jusqu'au sud frontalier de la Jordanie.
Le régime, qui a reconquis près des 2/3 du pays depuis 2015, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (Osdh), est déterminé à reprendre l'intégralité du territoire. Si la minorité kurde contrôle toujours près d'un tiers du pays selon l'Osdh, elle a engagé des négociations avec le régime, dans l'espoir de trouver un accord sur une forme de décentralisation. Symboliquement, un assaut à Idleb serait donc crucial puisqu'il s'agit du dernier grand bastion de la rébellion et des jihadistes. Mais à Idleb, le régime ne peut agir sans tenir compte de la Turquie, parrain traditionnel des rebelles, qui y a installé des postes d'observation et déployé des forces. Pour des experts, la Turquie veut maintenir un «protectorat» dans les territoires syriens à sa frontière, où les rebelles seront maintenus, mais pas les jihadistes. Ce secteur doit rester stable car Ankara, qui accueille déjà plus de trois millions de réfugiés syriens, cherche à éviter tout nouvel afflux. Pour cela, un accord doit être négocié par Ankara et Moscou qui pourraient se mettre d'accord sur la nécessité d'éliminer Hayat Tahrir al-Cham.

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