27 MORTS ET UNE CENTAINE DE BLESSÉS DANS DES COMBATS AUTOUR DE TRIPOLI

Les milices rivales ensanglantent la Libye

Des chars sont utilisés dans ces combats de rue
Des chars sont utilisés dans ces combats de rue

Au total, la région au sud de Tripoli enregistre depuis le début des combats lundi dernier entre les forces gouvernementales et des milices armées 41 morts et 123 blessés.

Au moins 27 personnes ont été tuées et une centaine d'autres blessées, dont la plupart des civils, durant les trois jours de combats entre des milices rivales, au sud de la capitale libyenne Tripoli, selon le nouveau bilan communiqué jeudi soir par le ministère libyen de la Santé. Les combats avaient commencé lundi dans les banlieues sud de la capitale avant de s'étendre à d'autres secteurs de Tripoli et de perdurer jusqu'à mercredi soir, une trêve péniblement arrachée mardi n'ayant eu aucun impact sur l'état d'esprit des belligérants qui ne l'ont pas du tout respectée.
Cependant, on a constaté une légère accalmie jeudi soir, peut-être due à l'annonce d'un accord de cessez-le-feu obtenu par les dignitaires des villes de l'ouest du pays, accord dont le président du Conseil, Fayez al Serraj, chef du gouvernement reconnu et appuyé par les instances onusiennes et la communauté internationale, a expressément demandé aux forces militaires des régions ouest et centre de la Libye de «veiller à son application». Le problème est que le gouvernement d'union nationale peine à imposer son autorité aussi bien dans les régions précitées que dans la capitale elle-même et on voit mal, dans ce cas, comment ses instructions pourront avoir force de loi auprès de milices habituées à imposer leur diktat par le seul usage de leurs armes.
L'Algérie a évidemment réagi, avec une célérité manifeste, avec un communiqué du MAE qui déclarait jeudi dernier suivre «avec préoccupation et déplorer les récents affrontements survenus autour de la capitale libyenne». Elle a ainsi réitéré pour la enième fois qu'il «n'y aura pas de paix durable en Libye en dehors du dialogue et de la réconciliation nationale» et a du même coup lancé un appel à «toutes les parties libyennes à s'engager dans un processus devant conduire à une solution globale qui préserve la paix et la stabilité dans ce pays frère et voisin». Comme les autres pays voisins (Tunisie, Egypte, Tchad), l'Algérie fait face depuis 2011 à une situation instable et inquiétante au plan sécuritaire dont souffre la Libye et elle oeuvre sans relâche à trouver une solution consensuelle qui se fonde sur l'aboutissement du dialogue inclusif dont les effets tardent, malheureusement, à apparaître.
Sur un plan strictement interne, le Premier ministre libyen, Fayez al-Serraj, a ordonné jeudi aux commandants militaires du centre et de l'ouest de la Libye de mettre un terme aux affrontements en cours, au sud de la capitale, Tripoli. Dans un décret, M. Serraj a instruit la hiérarchie militaire pour qu'elle «supervise le cessez-le-feu et mette un terme aux affrontements au sud de Tripoli, puis retire toutes les forces se trouvant dans les zones des affrontements.» Il a également réclamé la «restitution de l'ensemble des camps et sites militaires aux unités militaires précédentes qui y étaient stationnées avant les affrontements, d'ici le 30 septembre.»
Au total, la région au sud de Tripoli enregistre depuis le début des combats lundi dernier entre les forces gouvernementales et des milices armées 41 morts et 123 blessés. Les causes exactes de ces affrontements ne semblent pas encore connues, sinon que les tensions n'ont pas cessé de s'intensifier depuis des mois au fur et à mesure que la mobilisation militaire progressait au sud de Tripoli, particulièrement ces jours derniers, augmentant l'exaspération des milices installées depuis belle lurette dans la ville et à l'extérieur de la capitale.
Le cessez-le-feu a été confirmé lundi soir par le ministre de l'Intérieur, Abdousalam Achour, à une chaîne de télévision locale, mais cela n'a pas empêché les combats de se poursuivre jusqu'à jeudi soir, poussant des centaines de migrants présents dans des campas de rétention autour de la capitale libyenne à fuir vers d'autres lieux de crainte d'être pris dans l'étau des factions combattantes. La situation a été révélée par le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) qui a tiré la sonnette d'alarme, au moment où plusieurs centaines de réfugiés et migrants, présents au camp de détention d'Aïn Zara, pour la plupart Erythréens, Ethiopiens et Somaliens, ont du être acheminés vers le centre d'Abou Salim, au coeur même de Tripoli.
Outre le HCR, d'autres organisations de l'ONU et Médecins sans frontières (MSF) ont participé à l'évacuation, même si leur position officielle consiste depuis toujours à dénoncer et condamner la «détention de réfugiés et de demandeurs d'asile ayant besoin d'une protection internationale». A l'heure actuelle, les milices rivales semblent respecter l'accord de cessez-le-feu mais la situation n'en demeure pas moins précaire et rien ne permet encore de dire que le calme est définitivement rétabli autour de Tripoli.