RÉPONSE DU KREMLIN AUX «AVERTISSEMENTS OCCIDENTAUX» SUR IDLIB

L'armée syrienne "s'apprête à régler le problème du terrorisme"

La réponse de Poutine à Trump est simple
La réponse de Poutine à Trump est simple

«La situation à Idlib continue de rester un objet de préoccupation particulière pour Moscou, Damas, Ankara et Téhéran», a déclaré à la presse M. Peskov, quarante-huit heures avant le sommet russo-turco-iranien sur la Syrie qui doit se dérouler à Téhéran.

De façon indirecte, le Kremlin a répondu hier par la voix de son porte-parole, Dmitri Peskov, aux «avertissements» émanant aussi bien de Washington où le président Donald Trump a «mis en garde» contre une offensive de l'armée syrienne sur Idlib que d'autres capitales, notamment Paris, où le président Macron s'est également fendu d'un message similaire. L'armée syrienne, a dit M. Peskov, «s'apprête à régler le problème du terrorisme» dans la province d'Idlib, ultime bastion des groupes extrémistes dominés par la faction Tahrir al Cham, alias Fateh al Cham, alias Al Nosra, branche syrienne d'al Qaïda en Syrie, au secours de laquelle volent étrangement les capitales précitées.
«La situation à Idlib continue de rester un objet de préoccupation particulière pour Moscou, Damas, Ankara et Téhéran», a déclaré à la presse M. Peskov, quarante-huit heures avant le sommet russo-turco-iranien sur la Syrie qui doit se dérouler à Téhéran. «Un nouveau noeud du terrorisme s'y est formé (...) et cela mène à une déstabilisation générale de la situation», a ainsi argumenté le porte-parole du Kremlin qui a ajouté que «cela sape les efforts visant à aboutir à un règlement politico-diplomatique» en Syrie avant de conclure que «ce qui est le principal, cela constitue une menace importante pour nos bases» militaires en Syrie.
Depuis cette zone, en effet, des dizaines de drones visant la base aérienne russe de Hmeimim (nord-ouest) en Syrie ont été lancées récemment, par les groupes terroristes agissant au service d'intérêts plus ou moins obscurs. «Il ne fait pas de doute qu'il faut régler ce problème», a insisté M. Peskov. «Nous savons que les forces armées syriennes s'apprêtent à régler ce problème», a-t-il dés lors conclu.
Cette déclaration met un point final aux avertissements alarmistes du président américain Donald Trump qui a mis en garde lundi dernier aussi bien la Syrie que la Russie et l'Iran contre une offensive à Idlib, affirmant qu'une telle opération pourrait provoquer une «tragédie humaine». «Lancer des avertissements sans tenir compte du potentiel négatif et dangereux pour la situation dans toute la Syrie signifie ne pas faire preuve d'une approche complète et exhaustive» pour le règlement du problème, a rétorqué Dmitri Peskov.
La province d'Idlib est contrôlée à 60% par les groupes terroristes conduits par Hayat Tahrir al Cham et quelques factions rebelles, pour la plupart proches de la Turquie et elle est de ce fait la toute dernière à échapper à l'autorité légitime de Damas. Des dizaines de milliers de terroristes et rebelles confondus y ont été déplacés depuis un an et demi au fur et à mesure de l'avancée de l'armée syrienne qui a libéré les villes occupées par ces hordes. Il s'agit maintenant de mettre un point final à la présence et aux exactions de ces mouvements extrémistes dont nombre d'éléments ne sont pas, en outre, des Syriens.
Les avertissements de Washington et Paris ont été formulés au moment où le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, était en visite à Damas, lundi dernier, où il a été reçu par le président Bachar al Assad. Au menu de l'entretien auront certainement figuré ladite offensive devenue imminente à Idlib ainsi que la réunion tripartite qui doit avoir lieu à Téhéran entre, d'une part, la Russie et l'Iran, soutiens indéfectibles de la Syrie, et d'autre part la Turquie, qui appuie certains groupes rebelles comme l'ALS. «Le président de la Syrie Bachar al-Assad ne doit pas attaquer imprudemment la province d'Idlib. Les Russes et les Iraniens commettraient une grave erreur humanitaire en prenant part à cette potentielle tragédie humaine», avait tweeté Donald Trump. «Des centaines de milliers de personnes pourraient être tuées. Ne laissons pas cela se produire!», a-t-il ajouté. Cette sortie calculée sur le réseau social a eu pour effet de susciter la réaction précitée du Kremlin alors que, depuis plusieurs semaines déjà, «le pouvoir de Damas» comme se complaisent à le nommer les agences occidentales quand elles ne traitent pas du «régime de Bachar al Assad», a engagé les préparatifs en vue de l'assaut final qui va concerner l'ensemble de la province, située au nord-ouest du pays, à la frontière turco-syrienne.
Les inquiétudes légitimes de la Turquie qui redoute un nouvel afflux massif de réfugiés sur son sol, dès le début de l'offensive, ont certainement fait l'objet des discussions que le MAE turc, Mevlut Cavusoglu, a eu à Moscou avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, la semaine dernière. Ankara sait que pour Moscou, Téhéran et Damas, les groupes terroristes présents dans la province d'Idlib doivent être vaincus, pour mettre un point final à une présence illégale dans un pays souverain, malgré le soutien de puissances aux objectifs opaques. D'ailleurs, l'aviation russe a bombardé hier plusieurs zones de la province d'Idlib, objet d'un ultime ballet diplomatique pour éviter l'offensive de Damas. Après une pause de 22 jours, l'aviation russe a ainsi répliqué à des frappes terroristes visant l'armée syrienne dans la province voisine de Lattaquié, tout en, préparant le terrain à l'opération majeure qui visera en priorité les secteurs de Jisr al Choughour, fief d'Al Nosra, et de Ariha, bastion des extrémistes rebelles.