LA DÉLÉGATION HOUTHIE N'A PAS QUITTÉ LE YÉMEN

Discussions de paix en suspens à Genève

Les Houthis posent des conditions pour aller à Genève
Les Houthis posent des conditions pour aller à Genève

Les rebelles ont posé trois conditions pour aller à Genève. Ils exigent de partir dans un avion omanais, de transférer des blessés vers Mascate et d'avoir la garantie de pouvoir rentrer dans la capitale yéménite Sanaa -qu'ils contrôlent- après la fin des consultations.

L'incertitude continue de régner, hier, sur l'avenir des discussions de paix sur le Yémen: les rebelles Houthis posent des conditions pour venir à Genève, tandis que la délégation gouvernementale menace d'en partir si les rebelles n'arrivent pas rapidement. Malgré tout, l'émissaire de l'ONU pour le Yémen, le Britannique Martin Griffiths, a indiqué jeudi dans une déclaration écrite avoir «bon espoir de voir» la délégation des Houthis «présente» à Genève «pour faire avancer le processus politique».
Les discussions de Genève sont les premières depuis l'échec en 2016 d'un processus de paix qui avait duré plusieurs mois au Koweït. L'absence d'une des parties a jeté toutefois une ombre sur ces discussions avant même qu'elles ne commencent. «Nous partirons, si (les rebelles) ne viennent pas (...) dans les prochaines 24 heures», a déclaré aux médias un membre de la délégation du gouvernement yéménite, Hamza Alkamali. Il parlait à l'issue d'une réunion dans un hôtel entre l'envoyé spécial de l'ONU et la délégation gouvernementale, dirigé par le ministre yéménite des Affaires étrangères, Khaled al-Yamani. Un peu plus tard, M. Yamani a dit que le gouvernement n'avait pas fixé un délai maximal de 24 heures. «Nous ne donnons d'ultimatum à personne, mais je vous dis que la délégation gouvernementale prendra une décision dans quelques heures, soit rester à Genève, soit se retirer», a-t-il déclaré. Les rebelles ont posé, eux, trois conditions pour aller à Genève. Ils exigent de partir dans un avion omanais, de transférer des blessés vers Mascate et d'avoir la garantie de pouvoir rentrer dans la capitale yéménite Sanaa -qu'ils contrôlent- après la fin des consultations, a déclaré jeudi un membre de leur délégation, Hamid Assem. «Nous sommes prêts à aller (à Genève), mais les Nations unies n'ont pas tenu leurs promesses sur les points qui ont fait l'objet d'un accord avec leur émissaire», a ajouté le délégué rebelle. «Nous avons des blessés que nous voulons transférer à Oman et des blessés à Oman que nous voulons rapatrier à Sanaa et cela a fait l'objet d'un accord» avec l'ONU, a poursuivi M. Assem..
L'émissaire de l'ONU, en poste depuis février, s'est dit «conscient des difficultés qu'il y a à réunir les parties à Genève», mais a assuré qu'il continuait «de s'efforcer de surmonter les obstacles pour que les consultations puissent aller de l'avant». M. Alkamali a affirmé que l'autorisation de vol avait été délivrée «il y a trois jours et que «la plupart» des «blessés» que souhaitent transporter les rebelles sont des «combattants». «Ils disent qu'ils veulent transférer certains blessés, ce qui était acceptable. Nous avons vérifié les noms et la plupart de ces noms qui ont été envoyés à la coalition sont des combattants», a-t-il expliqué.
Dans la soirée, les rebelles ont publié un communiqué dans lequel ils confirment les conditions déjà posées par leur délégation, mais où ils ajoutent que la coalition sous commandement saoudien «refuse toujours d'autoriser un avion omanais» à atterrir à Sanaa et à emmener la délégation à Genève. Le communiqué a été publié sur le site de l'agence de presse des rebelles, Saba. Signe du fossé qui sépare le gouvernement yéménite, appuyé par l'Arabie saoudite, des rebelles Houthis soutenus par l'Iran, aucun face-à-face direct n'est prévu, sauf surprise, lors de ces consultations.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a exhorté mercredi les parties yéménites à «faire un premier pas vers la fin d'un conflit», qui est à l'origine de la pire crise humanitaire actuelle.
«Le peuple yéménite a désespérément besoin d'un signal d'espoir», a déclaré
M. Griffiths, lors d'une conférence de presse mercredi. Mais le niveau d'attente des parties yéménites n'est guère élevé et M. Griffiths lui-même a fixé la barre assez bas, assurant qu'il ne s'agit que de «consultations» en vue de futures négociations. Il espère aussi établir des «mesures de confiance» entre les parties, comme la vaccination des enfants ou la libération de prisonniers. M. Griffiths est le troisième médiateur à se plonger dans le complexe dossier yéménite.
La guerre au Yémen oppose des forces progouvernementales aux rebelles Houthis, soutenus par l'Iran et qui se sont emparés en 2014 et 2015 de vastes régions du pays, dont la capitale Sanaa. En mars 2015, une coalition sous commandement saoudien est intervenue militairement au Yémen en soutien aux forces progouvernementales. Le conflit a fait quelque 10.000 morts, selon l'ONU. Jusqu'ici, les belligérants campent sur leurs positions. La coalition et ses protégés yéménites insistent sur la résolution 2216 du Conseil de sécurité de l'ONU reconnaissant «la légitimité» du président Abd Rabbo Mansour Hadi et exigeant le retrait des Houthis des territoires qu'ils ont conquis et la restitution des armes lourdes. Les Houthis demandent, eux, «l'arrêt de l'agression» saoudo-émiratie avant toute concession.