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ENTRE L'AFFAIRE KHASSHOGGI ET LA PORTE FERMÉE DE LA FRANCOPHONIE

Un Royaume saoudien aux abois

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Des intérêts et des objectifs embarrasantsDes intérêts et des objectifs embarrasants

En 2012, au Sommet de Kinshasa, le Qatar avait créé un vrai séisme en arrachant le statut de «membre associé», sans passer par la case «observateur» comme le veut l'usage. Car il avait beaucoup investi dans les coulisses du sommet.

Le prochain sommet de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) se tiendra mercredi et jeudi prochains en Arménie sans l'Arabie saoudite. Ce n'est pas faute d'avoir poussé à la roue tant les dirigeants saoudiens, et à leur tête, le prince héritier n'ont pas cessé de réclamer leur ticket d'entrée dans un club qui ne cache pas son embarras face à cette prétention d'un pays dont les idéaux démocratiques ne conviennent guère à l'institution internationale.
C'est du moins le prétexte avancé par le Conseil ministériel de la Francophonie (CMF), réuni à huis clos, dont la sentence a été sans appel puisqu'il estime le dossier saoudien de candidature «incomplet»! Or, ce n'est pas la première fois que l'Arabie saoudite soumet sa demande d'adhésion: lors du précédent sommet à Madagascar, en 2016, la requête de la monarchie du Golfe avait déjà été rejetée, pour le même motif. Mais une mission d'évaluation avait tout de même été dépêchée en Arabie saoudite pour s'enquérir des progrès réalisés par le régime saoudien. D'aucuns expliquent ce refus, qui ne dit pas son nom, par le fait, non pas que l'Arabie saoudite a un fort lointain rapport avec la langue de Voltaire et Rousseau, ne parlons pas de Montesquieu, mais pour un motif beaucoup plus obscur. Mais lequel, bon sang? Nombre de pays qui sont tout sauf francophones comme la Corée du Sud, le Mexique, la Thaïlande ou l'Estonie sont des membres à part entière de l'OIF.
Entrer à l'OIF est un enjeu de taille et si l'Arabie saoudite tente d'en être, ce n'est pas pour son attachement à la langue de Molière, mais pour étendre sa sphère d'influence, comptant sur le soutien du Maroc, du Sénégal, de la Côte d'Ivoire etc.
Elle suit en cela l'exemple de ses devanciers que furent le Qatar et les Émirats arabes unis, membres du club des 84. En 2012, au Sommet de Kinshasa, le Qatar avait créé un vrai séisme en arrachant le statut de «membre associé», sans passer par la case «observateur» comme le veut l'usage. Car il avait beaucoup investi dans les coulisses du sommet, en faveur de sa cause, usant à satiété des bons arguments pour convaincre plusieurs délégations de soutenir sans réserve sa candidature. Les Émirats arabes unis ont suivi, peu après, avec un statut d'observateur. Exactement comme l'Algérie! Voilà une des raisons pour lesquelles le Royaume saoudien veut coûte que coûte être présent à Erevan mercredi prochain. Mais c'était sans compter avec les soubresauts de l'affaire Jamal Khasshoggi, du nom du journaliste disparu, depuis une semaine, après être entré au consulat saoudien à Istanbul. Elle pourrait gravement nuire à l'image du royaume et de son prince héritier, ébranlant au passage les relations diplomatiques entre les deux pays. Hier, une source proche du gouvernement turc a estimé que le journaliste saoudien, qui bénéficie d'une aura internationale en raison notamment de ses critiques contre le prince Mohammed ben Salmane, «a été tué au consulat par une équipe venue spécialement à Istanbul et repartie dans la même journée». Propos aussitôt démenti par le prince héritier qui a proposé aux enquêteurs turcs de «fouiller le consulat» tandis que le président Recep Tayyip Erdogan «attend les résultats d'une enquête» qui infirmerait ou confirmerait, c'est selon, les hypothèses. Toujours est-il que cette affaire Khasshoggi recèle tous les ingrédients d'une crise majeure dont pâtirait durablement le régime saoudien et, à sa tête, le prince héritier, auréolé d'une réputation de «grand réformateur» devant l'Eternel, mais dont les méthodes suscitent des critiques pour l'heure encore voilées!

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