LES PREUVES DU RAPT DE KHASSHOGGI AU CONSULAT SAOUDIEN S'ACCUMULENT

Un malaise américain

Le journaliste Jamal Khasshoggi entrant au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul
Le journaliste Jamal Khasshoggi entrant au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul

Toujours est-il que la pression qui monte au Congrès risque de mettre à mal l'entente cordiale entre l'administration Trump et le royaume saoudien qui a certes besoin de l'appui militaire et politique des Etats-Unis mais sans lequel Washington aurait bien du mal à maintenir un front uni contre l'Iran.

Les évènements s'enchaînent en Turquie où la disparition encore non élucidée du journaliste saoudien Jamal Khasshoggi devient petit à petit une affaire d'état. Hier, une chaîne de télévision turque «24tv» a diffusé des images de vidéosurveillance dans lesquelles on voit clairement l'entrée au consulat saoudien d'Istanbul du journaliste, suivi quelques minutes plus tard par l'équipe soupçonnée d'avoir procédé à son rapt ou à son exécution..
Jamal Khashoggi, journaliste du Washington Post, entre autres médias, était très critique du pouvoir saoudien. Il s'était rendu au poste consulaire pour des démarches administratives, laissant dans l'entrée sa fiancée qui a donné l'alerte sur sa «disparition» alors que les autorités saoudiennes affirment catégoriquement qu'il a bien quitté le consulat. Chose peu convaincante, aux yeux des enquêteurs turcs dont les recherches ont abouti à la certitude que la même équipe entrée juste après lui dans l'enceinte diplomatique, accompagnée d'un Van, a «exfiltré» le journaliste ou son corps à bord d'un des deux avions dans lesquels elle avait débarquée le matin même.C'est en tout cas ce qui apparaît dans les images vidéo diffusées par 24tv, le Van incriminé étant ressorti du consulat une heure à peine après l'entrée de Jamal Khasshoggi pour se rendre à la résidence du consul saoudien, toute proche. Vivant ou mort, Jamal Khasshoggi était certainement dans ce Van, aux mains des 15 Saoudiens arrivés le matin à Istanbul et repartis dans la même journée, estiment les enquêteurs turcs.
Il faut dire que des sources proches de l'enquête avaient déjà laissé entendre que le journaliste saoudien a été probablement assassiné peu après son entrée au consulat, une hypothèse qui tend à être relativisée désormais, des indices plaidant pour un rapt et une exfiltration en direction de l'Arabie saoudite. Auquel cas, on peut s'interroger sur le fait que les deux avions transportant les malles évacuées dans le Van aient atterri l'un à Dubaï et l'autre au Caire avant de rejoindre, beaucoup plus tard, l'Arabie saoudite.
C'est d'ailleurs une partie des images diffusées par «24 TV» diffuse, montrant des membres de ce groupe à l'aéroport d'Istanbul, puis à leur hôtel. Selon la chaîne, ils ont quitté cet hôtel dans la matinée pour se rendre au consulat puis sont repartis dans la soirée. Quant au quotidien Al Sabah, il avait révélé mardi dernier que les 15 membres de cette équipe dont il a publié les noms, l'âge et les photographies avaient réservé pour quatre nuits mais qu'ils ont quitté la Turquie dans la même journée! Al Sabah est allé plus loin, hier, dans les révélations, affirmant qu'un des Saoudiens filmés serait Salah Muhammed Al-Tubaigy, lieutenant-colonel du département saoudien de la médecine légale, et que les scanners de l'aéroport n'ont relevé aucune partie démembrée du corps de Jamal Khasshoggi.
On en saura peut-être un peu plus avec la fouille du consulat que le gouvernement turc va mener, après accord des autorités du Royaume saoudien. Entre-temps, le président américain Trump a emboîté le pas à Mike Pompeo pour exprimer sa «préoccupation» face à cette affaire. «De mauvaises histoires circulent. Je n'aime pas ça», a-t-il ajouté tout en insistant sur le fait qu'il ne «sait rien» à ce sujet. Prudent, le gouvernement américain n'en a pas moins changé de ton en réclamant «une enquête approfondie», une réaction jugée par HRI «tardive et timorée».
Toujours est-il que la pression qui monte au Congrès risque de mettre à mal l'entente cordiale entre l'administration Trump et le Royaume saoudien qui a certes besoin de l'appui militaire et politique des Etats-Unis mais sans lequel Washington aurait bien du mal à maintenir un front uni contre l'Iran dans une région aussi sensible que le Moyen-Orient, ne serait-ce qu'au plan énergétique. Et si l'affaire Khasshoggi débouche sur la mise en cause avérée des dirigeants saoudiens, ce serait une catastrophe pour les Etats-Unis et pour l'administration Trump qui en paierait un tribut exorbitant.