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TROIS MORTS DANS UN ATTENTAT-SUICIDE CONTRE LE MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

La Libye en proie à l'insécurité

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Le siège a été sérieusement endommagéLe siège a été sérieusement endommagé

Ce genre d'opérations a évidemment pour but de contrecarrer les tentatives de la communauté internationale qui s'emploie à organiser un processus global de réconciliation.

L'attentat kamikaze contre le ministère libyen des Affaires étrangères, hier à Tripoli, effectué par trois terroristes, a fait au moins 3 morts et 10 blessés selon les services de sécurité et le ministère de la Santé. La nouvelle est tout d'abord venue de la chaîne de télévision officielle du gouvernement d'union nationale libyen (GNA), qui a cité des sources anonymes au sein des ministères des Affaires étrangères et de l'Intérieur. Cette attaque terroriste a visé le ministère des Affaires étrangères, et a été menée par trois assaillants. Elle a revêtu le caractère d'une opération kamikaze et a entrainé, notamment, la mort d'un diplomate libyen. Comme ce fut le cas, début mai dernier, lorsqu' un attentat-suicide avait visé le siège de la Haute Commission électorale à Tripoli, faisant 12 morts, cette nouvelle attaque a été minutieusement conduite, déjouant la vigilance des miliciens du groupe Al Raad qui assure la protection des principaux sites névralgiques du GNA ainsi que d'autres bâtiments comme la prison de Tripoli, le quartier général des Renseignements ou l'aéroport international de Mitiga. L'attaque de mai dernier avait été revendiquée par le groupe Etat islamique, ce qui semble a priori le cas pour celle d'hier, non encore revendiquée. Ce genre d'opérations a évidemment pour but de contrecarrer les tentatives de la communauté internationale qui s'emploie à organiser un processus global de réconciliation et ambitionne même de convoquer des élections législatives et présidentielle vers le mois de juin prochain. Une démarche qui n'est pas pour plaire à de nombreuses factions, que ce soit celles des milices islamistes, de l'Armée nationale libyenne dirigée par le maréchal Khalifa Haftar lui-même allié des autorités de l'Est non reconnues par la communauté internationale, ou encore des groupes terroristes qui cherchent à perdurer dans un climat d'insécurité et de trafics en tous genres. Daeh, pour sa part, chassé voici deux ans maintenant de son fief de Syrte par les milices de Misrata, a choisi de basculer dans le mode de guérilla urbaine, recourant de plus en plus aux voitures piégées et aux attentats-suicides. Dans ce climat d'insécurité ambiante, on voit mal comment le processus de réconciliation pourrait aboutir, surtout dans des délais aussi courts, malgré l'optimisme affiché par des capitales comme Paris et Rome qui s'emploient à activer le travail de l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU en Libye et chef de la Manul, Ghassan Salamé. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a salué le «professionnalisme» des services de sécurité, grâce auquel le nombre des victimes a été limité. Si l'identité de deux des victimes n'a pas été révélée, on sait qu'un diplomate, directeur d'un département au sein du ministère des Affaires étrangères, figure parmi les trois personnes tuées. Le porte-parole des forces spéciales,Tarak al-Dawass, a pour sa part accusé le groupe terroriste Etat islamique (EI) d'être l'auteur de cette attaque, sans attendre une quelconque revendication. Il a indiqué qu'une «voiture piégée» avait tout d'abord explosé a proximité du bâtiment, amenant des forces de sécurité à se rendre sur le site. Puis un kamikaze est entré dans le bâtiment où il s'est fait exploser au 2e étage tandis qu'un deuxième assaillant est mort dans l'enceinte du ministère après l'explosion d'une valise qu'il transportait, et un troisième, non armé, abattu par les forces de sécurité. Le siège du ministère des Affaires étrangères était en feu, partiellement ravagé malgré les efforts de la Protection civile qui s'efforçait de réduire l'incendie intervenu à la suite des explosions et des échanges de tirs dont certains médias se sont faits l'écho. Cette nouvelle attaque ne peut que nuire au climat déjà délétère dans lequel est plongé la Libye, divisée entre la Tripolitaine où prédomine un GNA qui ne parvient pas à asseoir pleinement son autorité, une Cyrénaïque où les autorités de l'Est et le maréchal Haftar affirment leur partition singulière et un Fezzan oscillant entre les exigences de chefs de tribus et celles de milices islamistes plus ou moins réfractaires au processus politique onusien.
C'est ce chaos politique et sécuritaire qui favorise le retour des groupes terroristes, et leurs nombreuses attaques en 2018. En septembre, Daesh a revendiqué une attaque suicide à Tripoli contre le siège de la Compagnie nationale de pétrole (NOC), faisant 2 morts. Début mai, deux kamikazes avaient fait 14 morts dans une attaque contre le siège de la Commission électorale toujours à Tripoli. Puis la capitale libyenne a été le théâtre de violences entre des groupes armés rivaux, du 27 août au 4 septembre, avec plus de 60 morts. Les négociations de Paris suivies de celles de Palerme ont balisé la voie à un référendum sur la nouvelle Constitution, annoncé par le président de la Haute commission nationale électorale (HNEC), Imed al-Sayeh, pour février 2019. Mais les conditions de sécurité seront-elles vraiment réunies?

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